Au delà des mers

Des aventuriers venus du monde entier découvrent une île peuplée d'étranges créatures. Humains, Elfes, Orques et Nains se lient pour la coloniser.
 
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 Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine

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Enseldrir Malaevoldû
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MessageSujet: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Dim 1 Juin - 21:25

Le jour est à peine levé.
L'air de cette fin d'automne hésitait encore entre la brume et les frimas.
Un renard sort d'un bosquet et se dirige vers la rivière. Ses oreilles s'inclinent vers l'arrière à mesure qu'il avance vers le grondement sourd de l'eau qui lutte contre les rochers.
D'un pas incertain, il gagne une flaque proche, s'y humecte les babines rapidement, comme gagné par une pulsion inopinée. Soudainement, un bruit de frottement suivi d'un "plouf" le fait sursauter et bondir de côté.
Frémissant, il résiste à l'envie dardante de la fuite. Mais maître goupil est dans un jour de grande témérité, son curios est plus fort que son instinct de conservation. Ses iris vivides se fixent sur la silhouette d'une étrange créature assise sur la rive opposée.

Reflet de pelage rouge entourant deux étoiles d'émeraude, la vision retint le geste d'Enseldrir. La petite pierre qui devait rejoindre ses sœurs dans le lit du ruisseau ne quitta pas sa main.
Le pouce du nêr en effleura la surface douce et curviligne. Renvoyant sa chaleur corporelle, elle laissait entrevoir un plaisir sensuel d'un corps qui ne lui était plus accessible. L'onde charnelle esquissée par le contact s'étiola face à la brutale réalité de la glace de sa conscience. Il grimaça.

Le renard, qui s'était figé tout ce temps, sembla alors s'éveiller de son hypnotisme. Il ouvrit la gueule, haleta une demi-douzaine de rapide coups, puis rangea sa langue rosée. Son expression pouvait faire penser à un sourire juste avant qu'il ne décide d'aller chasser plus loin. Ici, il y avait trop de choses bizarres.

Un demi-sourire aux lèvres, l'ex-neuna regarda le petit mammifère s'éloigner avec agilité.
Il soupira.

La caricature de son expression venait d'un peu plus en amont :

Malicia a écrit:
Perchée sur l'extrémité d'une branche cassée, une piomette balançait ses jambes dans le vide. Sa jupe rouge relevée jusqu'aux genoux dévoilait ses guiboles agitées d'un mouvement trop rapide pour être parfaitement naturel.

Les yeux plantés vers le ciel ses épaules en arrière, l'Allutrus se mit à chantonner une obscure chanson, ses lèvres fermées laissant deviner des rimes élaborées.
m m mm mm mmm mm mm mm,
mmm mmm mmmm mmm mmm,
mmm mmm mmmm…


Du haut de son promontoire, la petite messagère s'exprimait à sa manière.

La pierre brûlait dans la main du nêr. Ne pouvant se résoudre à l'envoyer plonger dans l'onde, il l'éleva devant ses lèvres et l'embrassa tendrement. Sa rugosité crissa contre les incisives de l'elfe. Une larme glissa sur sa joue droite.
Un paquet de feuilles mortes dévala le courant, tourbillonnant sans résistance sous la force invisible.
Suivant du regard sa course torturée, Enseldrir dit :

Tout arrive pour peu qu'on le souhaite, Malicia.
Tout arrive…


La douleur étreignit son cœur comme trop souvent.
Etau irrépressible dont le nêr parvenait à peine à restreindre les effets avec les plus grands efforts.
Un voile brumeux se posa sur son regard, il ne cilla pas.
Le tourment lancinant était devenu familier. Il l'accueillait presque avec bonheur.
Un temps pour se maudire de se complaire dans l'auto-affliction, et puis enfin, Enseldrir pouvait se laisser porter par ses souvenirs :
La mélodie d'un rire qui couvrait de bonheur une musique lointaine.
La vision d'une chevelure souple portée par le vent et illuminée de soleil.
La douceur d'un baiser enivrant.
L'extase d'une caresse échangée.
Le parfum de sa chaleur, captivant et éphémère…

Pourquoi tout était si décousu ? Malgré ses efforts, le jeune elfe ne parvenait pas à rassembler ses souvenirs en un instant qui combinait tous les sens !

Son bras s'arma, il fit mine de lancer la pierre qui ne quitta pas sa main et se laissa retomber sur son séant.

Un seul moment s'éclairait de la sorte dans sa mémoire : celui des derniers instants de son aimée.

Un regard vers les cieux.
Maudit ! Même la lune se cachait.
Elduniel ! Même le nom de la Déesse ne parvenait plus à apaiser son âme.

Contre sa paume, le caillou semblait brûler de sa propre énergie. Le nêr se releva, s'extirpant d'un même mouvement de son état second. Les vêtements de voyages qui le couvraient avaient connus de meilleurs jours, sa chevelure désordonnée reflétait son éloignement volontaire de tout contact, enfin, l'enjôleuse absence de tout signe de charge sur son torse lui apparaissait si libératrice qu'il s'en trouvait enivré.


Malicia a écrit:
A quelques pas, l'Alutrus avait changé de chanson :

Blblblblblblblblblb
Blblblbl blblb lblblb lblblbl
Blllblbl lblblb lblblb
Lblbl lbl lblblbbl lblb
Lblbl lblb


Sa petite langue toute rose faisait quelques brèves apparitions à chaque pseudo-syllabe.


Enseldrir lui lança le caillou.

Tiens, range-moi ça dans mes affaires.

La trajectoire d'une courbure parfaite finit par l'interception de la petite main de Malicia. Déséquilibrée par le poids de l'objet, la petite messagère tomba en arrière et chuta en tourbillonnant autour de son énorme tête.


Malicia a écrit:
Arrivée au niveau du sol, elle rétablit miraculeusement sa position et zouffa devant son géant en présentant l'objet du délit.

Nan mais ho ! Je ne suis pas ta bonne mouha !

Une expression piomesque sans fondement culturel, mais néanmoins pleine de sens pour eux.
L'ignorant ostensiblement, le jeune nêr se chargea de son sac et s'éloigna sans un regard en arrière.
Aucune arme, pas même un couteau n'était apparent. L'ancien neuna avait rendu à l'Hossë son armure millénaire et sa double-lame. Le reste de ses armes avaient été envoyé au temple d'Elduniel  de Camthalion.

L'Allutrus soupira puis jeta la pierre par-dessus son épaule. Enfin, elle laissa son géant disparaître dans les feuillages de la Taurë, maugréa inintelligiblement, tapota du pied puis finit par zouffer à sa suite.

Attiré par la terre fraichement dérangée, un lézard jaune et bleu se présenta à l'affût sur les lieux maintenant désertés.
Intrigué par une forme d'œuf, il avala quelques goulées d'air puis se dirigea vers l'étrange objet abandonné en quelques mouvements saccadés.
Sa langue se darda autour de la surface de l'objet attisée par la saveur du sel.
Mais son organe tactile ne pût en détecter plus de qualité, il fut brutalement tiré en avant par une bourrasque soudaine.
Le vent dit :

Pas touche ! C'est à mon géant !

Puis il souffla dans l'autre sens et la langue élastique du reptile lui claqua violement sur l'œil droit.


Dernière édition par Enseldrir Malaevoldû le Mer 4 Juin - 1:03, édité 5 fois
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Eámanë Enialis
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Lun 2 Juin - 10:58

Les traits elfiques du beau visage d’Enseldrir déformés par l’intense souffrance alors qu’elle gisait entre ses bras, exhalant l’ultime souffle de vie qu’il lui ôta de sa double lame pour lui épargner la cruauté des kheyldariens.
Telle fut la dernière image qui s’imprima sur la rétine au fond du regard d’émeraude de l’archère avant qu’il ne perde tout son éclat.
La première aussi qui vint frapper son esprit en la secouant du néant.
L’obscurité ne lui avait offert qu’une échappatoire temporaire.

Ses mains se crispèrent douloureusement à ses cotés à la recherche de quelque chose à enserrer et ne trouvèrent que le froid de la pierre d’un autel sur lequel on avait déposé son corps.
Son dos se raidit et s’arque bouta, prenant appui sur ses épaules alors qu’un long et perçant gémissement plaintif qui n’avait su trouver sa délivrance en la mort, fit vibrer sa poitrine. Il résonna avec puissance entre les parois du temple gaïanielite dans lequel elle se trouvait, faisant accourir une jeune novice à son chevet.

L’archère entendit ses pas rapides se rapprocher. Trop légers pour être ceux d’un atan.
Mais visiblement encore sous le choc de la violente expérience passée, elle n’était pas en état d’analyser logiquement cette simple pensée.
Ainsi, redoutant l’arrivée d’un garde prêt à l’emporter de force vers les innommables souffrances maintes fois promises par le Cardinal kheyldarien, son cœur accéléra son rythme jusqu’à ce qu'il s’aligne à la cadence de leurs échos.

Elle tint les yeux fermés, refusant d’accepter le sort qu’on voulait lui imposer.
Marquée à jamais par les derniers moments vécus, son propre cri résonnant encore à ses oreilles, c’est tout juste si elle entendit les paroles de réconfort qu’on lui soufflait pour la calmer.

Shhh..., shhh..., tout est fini Heri. Vous n’avez plus rien à craindre à présent.

Un bruissement de mots sussurrés à peine audibles qui franchirent finalement ses réticences, apaisant les battements irréguliers de son cœur qui résonnaient avec vigueur contre ses tympans.

Encouragée par cette voix mélodieuse et si douce, l'archère souleva enfin ses paupières.
Sous le fin voile blanc immaculé dont on l’avait recouverte et qui, épousant fidèlement ses courbes, cachait peu de sa nudité, son épiderme était brulant et moite de transpiration. Pourtant, elle ne sentait presque plus ses mains, ni ses pieds tant ils étaient rongés par le froid d’une immobilité trop prolongée.

Totalement désorientée, elle tourna un regard presque vide vers son interlocutrice. Celle-ci se pencha légèrement sur elle pour lui offrir le sourire qui illuminait son visage, heureuse d’accueillir son réveil.

Vous êtes ici sous la protection de Gaïaniel, en Son temple à kamthalion.
Vous y serez la bienvenue le temps nécessaire pour reprendre toutes vos forces, seler.


À Khamtalion !?
Seler !!?!!

Une brise douce et encore bien chaude pour la saison s’infiltrait dans la pièce par une fenêtre entrebâillée, portant avec elle des senteurs boisées et fleuries, ainsi qu’un chant de frémissant feuillages devenu si familier.
Les réminiscences de ce qu’elle crut être un songe sans fin se transformèrent en images de plus en plus vivides en sa mémoire. Petit à petit, elles se frayèrent passage en son esprit torturé. Si nettes et tranchantes que nul n’aurait pu en contester la source divine, malgré leur évocation désordonnée.
Par bienveillance des Valar, amour, déception et trahison prirent enfin leur juste valeur.
Tout le reste aussi d’ailleurs. Sa raison d’être, chaque rencontre faite, chaque sentier foulé ainsi que les choix pris et dont elle ne pourrait peut-être jamais plus revendiquer le libre arbitre…

Ce fut alors, transportée par le souffle d’un vent d'été, que se joignit à ses larmes de joie la gaité du chant apaisant de la Taurë qu’elle n’aurait jamais plus quitté.


-------------------------

Zéphira a écrit:
MALICIAAAA!!!

Son apparition fut aussi surprenante que son atterrissage. Percutant de plein fouet l'halutrus. Cette dernière se retrouva joyeusement coincée à terre, des brindilles de mousse fraiche s'incrustant déjà entre les mèches de sa coiffure élaborée, prisonnière de l'embrasse emplie d'exultations de son amie qu'elle partagea de ses propres cris de joie.

L'une plus émue que l'autre de leurs retrouvailles si inenvisageables, elles se séparèrent enfin pour se relever, laissant un moment de solennelle silence s'installer entre elles, alors qu'elles s'étudiaient toutes deux avec une pointe d'incrédulité.

Je suis désolée, je n'ai pu te prévenir avant pour des raisons de sécurité et j'ai craint de ne pas arriver à temps.

Le destin de pioms et piomelles était étroitement lié à celui de leurs maitres...
Devinant parfaitement les intentions de sa congénère lorsqu'elle prit pleine conscience de ce que suggérait sa présence, l'halcamandrelle n'hésita pas à mettre un frein à son élan, s'emparant de son bras avant qu'elle ne zouffe aux côtés de l'ex-neuna.

Non Malicia, tu ne peux rien lui dire. Pas encore, s'il te plait.
J'ai déjà pris des mesures pour en informer qui de droit en temps voulus. Encore quelques jours de patience,
ajouta-t-elle sereinement.

Elle mit définitivement fin au sujet, changeant de thème.

Alors, que penses-tu de ma nouvelle mise d'intégration ? demanda-t-elle d'un ton radieux tout en pivotant de droite à gauche pour permettre à Malicia d'admirer jusqu'aux plus petits détails.

-------------------------

De réveils en éveils, les attentions du nêr lui manquèrent comme l'air. Celles qu’il avait pour habitude de lui porter dès que ses yeux mordorés se posaient sur elle au petit matin. Ses approches qu'elle refoulait des fois d'un regard empli de sous-entendus, sachant que chaque provocation recevrait son retour. Son visage austère s’adoucissant d'un sourire volé, allégeant de sa chaleur le poids de ses tâches quotidiennes.
Dans le fond, elle se contentait de peu, désireuse simplement d'être serrée dans ses bras, ne fût-ce qu'un bref instant et de sentir de nouveau ses regards se poser sur elle. Ces regards capables de la rendre exceptionnelle.

Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis son arrivée au temple, un lieu aussi magnifique qu'étranger, mais auquel elle s'accoutuma très rapidement, l'esprit aussi florissant que ses jardins.
Autant il s'en fallut pour que l'archère puisse terminer sa transition sous l'œil attentif de Luinil, la novice qui lui fut attribuée à cet effet.

Le moment venu, alors qu'elle longeait le dernier long couloir vers la sortie et vers cette liberté qu'elle avait chèrement payé de sa propre vie, Valkhyria ne put s'empêcher de s'arrêter devant une surface polie qui captura son attention. Sa silhouette s'y reflétait presque aussi nettement qu'elle l'aurait fait dans un miroir.
Une vision inattendue qui lui coupa le souffle.
L'image qu'elle lui renvoyait était celle d'une jeune wendë qu'elle avait du mal à reconnaitre elle-même.

L'archère fit glisser ses mains le long des pans de la robe aux couleurs sylvestres qui enveloppaient fidèlement les contours de son corps. Un don de la part de Luinil pour célébrer l'achèvement de sa renaissance ainsi que son départ.
Sa chevelure de feu avait été savamment recueillie à l’arrière en un long et élégant chignon plat qui mettait en évidence l’ovale délicat de son visage. Elle avait perdu un peu de poids et ses joues s’étaient quelque peu émaciées, donnant à ses lèvres pleines une apparence légèrement plus pulpeuse.

Instinctivement, elle leva le menton et vint effleurer de la pointe de ses doigts la fine trace encore rosée qui s'étirait presque jusqu'au-dessous de son oreille droite. Stigmate qui n'avait pu disparaitre entièrement, sa guérison figée en son décès.

Mais les changements les plus exorbitants n'étaient pas d'ordre physique.
Ils restaient invisibles aux yeux de ceux qui ne la connaissaient point, enfouis dans les profondeurs de ses pupilles.
L'étincelle d'une nouvelle sagesse qui filtrait avec force au travers de son aura.
Elle se sentait pourtant aussi démunie qu'une enfantelette vacillant sur ses tous premiers pas.

Passé le seuil, elle inhala une goulée d'air de plein poumon, embrassant ensuite du regard la flore luxuriante qui l'invitait avec prépondérance à y pénétrer.
Un elfe l'attendait, bras croisés et dos tourné au temple, offrant son visage aux rayons matinaux d'Anar.
Consciente de son identité, la belle fit disparaitre son sourire pour afficher de l'agacement, histoire de le faire marcher un peu.

Quel mal si impardonnable ai-je donc fait aux Valar pour que le premier visage masculin sur lequel il m'est donné de poser les yeux soit celui du nêr le plus horripilant et grincheux que je connaisse!

Le macar qui ne démordait jamais de son impassibilité presque légendaire, ne put cette fois dissimuler entièrement la surprise suscitée par l'étonnante transformation de la demi-nis. Aussi sensible à sa beauté qu'à celle d'autres nissi dont il convoita les faveurs, il maugréa plissant sévèrement ses paupières dès qu'il se rendit compte de s'être trahi.
Ce qui fit naitre en elle un sourire en coin de lèvres, avant d'ajouter :

Uma Terendul, ta sympathie m'a beaucoup manquée à moi aussi!

Si le sourire qu'elle lui réserva fut des plus ludiques, la sincérité de son affection n'en resta pas moins sincère.
Témoignages inéluctables qu'il découvrit en la limpidité de son regard d'émeraude ainsi que par la chaleur de l'étreinte dont elle l'enveloppa brièvement. Une impulsion à laquelle elle fut incapable de résister, si naturelle pour elle qui de ce geste s'accrochait à la vie, précieuse et fragile. Une initiative aussi inattendue qu'improbable et qui les surpris tous deux.
Étreinte qu'elle brisa promptement, ne sachant si les réserves de Terendul à son égard s'avèreraient toujours aussi robustes qu'elles l'étaient, malgré sa conversion désormais officielle.

Tout en se détachant de lui, elle jeta nerveusement un œil par-dessus son épaule, à la recherche d'un mouvement quelconque entre les feuillages, attentive au moindre bruissement pouvant en révéler la présence.
Se pouvait-il qu'il soit perché en hauteur?
Elle n'osa lever son regard.

Comportement envisagé et qui n'échappa pas au second.

N'y tenant plus, la belle finit par lui demander à mi-voix sur un ton qu'elle espérait détaché et superficiel :

Comment se porte-t'il ?


Dernière édition par Eámanë Enialis le Lun 9 Juin - 8:03, édité 2 fois
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Enseldrir Malaevoldû
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Jeu 5 Juin - 0:03

Malicia a écrit:
Une messagère elfique ; Elle n'en avait plus l'habitude.
Un enthousiasme débridé ; Il ne saurait en être question, enfin !
L'impact d'une étreinte amicale ; Nan mais là, carrément c'était impossible.
Un diadème étincelant ; Et pourquoi son propre géant ne l'en avait pas gratifié elle-même auparavant ?
Une robe de la dernière mode ; Umpf, sans commentaire !
La bobine enthousiaste de Zéphira ; Ouais, bon, n'en jetez plus !
…
Hein ? Kwah kwah kwah ? Zéphira ? Ma copine de toujours et à jamais ? Mais kestufaislà !!
Malgré la prise de contact peu conventionnelle et la ruine absolue de sa coiffure élaborée, l'Allutrus piailla tout autant que son amie.

Ayant repris une position plus digne de leur rang, les deux messagères s'étudièrent avec bienveillance.

Ne pas arriver à temps, ho !

L'angoisse suprême et improbable de la Piomelle…

Une messagère de retour, cela voulait aussi dire que… la magie pouvait vraiment marcher tant qu'on parvenait à trouver les paroles qu'il convenait dans ses psalmodies mono-consoniques. Et que son ex-neuna devait en être informé !

Mais son amie la retint aussi promptement qu'elle-même avait procédé à son raisonnement parfait.

Ha ? Quelques jours de patience avant de découvrir un pan entier de l'univers encore inconnu de son géant. OK. Le veinard ! Bientôt il comprendrait pourquoi les piomelles étaient supérieures aux simples elfes… bientôt… il saurait pourquoi… pourquoi quoi ? … oups ! Encore un trait de géni qui ne tenait pas face au temps ! Quelle vacherie !

En tout cas, Malicia ne tarissait pas d'éloge lorsque sa copine présenta les détails de sa tenue elfique du meilleur goût…

Terendul, fidèle à sa ligne de conduite, attendait en médiation le dos tourné au temple. Il laissait son instinct dériver afin qu'il s'aiguise encore et encore.
Le Macar Aràto portait l'équipement et les insignes de sa charge.
De temps en temps, certains passants lui présentaient hommage. Il devait leur rendre la politesse même s'il lui en coûtait bien souvent.

Le cuir buriné de son visage ne laissait que peu de place à l'expression d'une quelconque émotion et il en jouait autant que possible. Les citadins et citadines ne l'avaient que peu observé durant quelques dizaines de cycles et il savait encore pourquoi. Les nêri l'éludaient le plus souvent, les nissi recevaient ses compliments les plus appuyés.
Les temps changent… trop vite. Et certaines choses restent immuables. Certaines personnes auraient ajouté 'hélas' à cette pensée, mais Terendul était bien au-delà de ça.

Une voix à l'accent étrange s'éleva derrière lui.
Autant à redire sur son instinct.
Le sens des mots ne laissait guère place au doute.
Il pivota tentant de lancer une phrase prête depuis longtemps ;

"Une fois n'est pas coutume, vos messagères désaxées ne sont pas une source d'informations insensées ! "

Mais à la place un seul son franchit ses lèvres, qu'il avala rapidement avec le sourire pincé qui allait avec :

'ۅ'

La Kheyldarienne était transformée ! Hallucinait-il ?
Passé l'instant de surprise intense, il marmonna sévèrement :
Shadalielle nous garde de comprendre les voies des Vala ! Par quelle magie… ?

Mais ce n'était pas terminé, elle se permit de l'étreindre. En pleine confusion, l'Aràto se demanda si l'épreuve de la mort et la réincarnation surprenante de la demi-nis n'avait pas aussi profondément affecté sa raison.

Néanmoins, il esquissa un imperceptible geste pour répondre à l'enlacement. La bonne humeur de Valkhyria le désappointait intensément.

Une fois qu'elle s'écarta, il put déceler dans son regard une lueur d'inquiétude qui, paradoxalement, le rassura.
Le ton qu'elle utilisa pour formuler la question qui suivit ne lui apporta malheureusement pas autant de réconfort.

Il se crispa, retrouvant son port habituel, avant de déclarer :

Aux dernières nouvelles, il va bien.

Il ne précisa pas que les 'dernières nouvelles' en question dataient du jour même de la mise en terre du précédent corps de la Kheyldarienne (d'ailleurs, devait-il encore la nommer ainsi ?).

Autant que possible.

Le Macar feint d'en rester là. Lorsque l'œil de son interlocutrice lui indiqua qu'elle allait poser une autre question il dit :

Comme un Quendê devant passer en jugement.
Ce qu'il attend d'ailleurs avec le plus grand enthousiasme.
Voilà où 'il' en est…


… réduit. Finit-il en pensée.

Le Grand Prêtre d'Elduniel a transmis sa démission de sa charge de neuna de la Macari Formenya au grand intendant qui l'a accepté à titre temporaire.

Ses mots étaient tranchants comme l'acier elfique, Moyen pour lui de marquer sa désapprobation sur toute la ligne.
Le regard du vétéran glissa sur le sol tandis qu'il ajoutait :

Cependant, les instances d'Elduniel ont rapporté leurs témoignages des évènements et la diplomatie a reçu les plaintes des Kheyldariens.

D'une main il compta à mesure qu'il additionnait :

Les charges sont lourdes : Commanditaire du meurtre d'une Kheyldarienne, assassin d'une autre, provocation d'incident diplomatique de nature à provoquer une guerre, et trahison des institutions.

Ses doigts perdirent soudain le compte. Il fit un geste de dispersion suivit d'un signe tranchant.

J'en oublie certainement mais cette dernière sera probablement la plus lourde.

Enfin, son regard reptilien croisa celui de la nouvelle nis.

Il est libre pour l'instant car de nombreuses personnes se sont portées garantes pour lui et grace à sa piomette, il a un moyen de communication.
Mais j'ignore où il est.


Un regard vers les cieux, il se mit brièvement sur la pointe des pieds, claqua sa langue. Un jeu de style qui conclut en roulant des yeux.

Les services du grand intendant, eux, le savent certainement.

L'Aràto déplaça du bout de sa botte un caillou qui pourtant ne le gênait pas tandis qu'il affirma :

Je suis en repos pour quelques jour, je ne sais pas quelles sont à présent vos intentions ni celles des cultes à votre égard, mais peu m'importe pour les deux.

Un sourire terrifiant -tant il était peu naturel- vint couvrir son visage.

Mais… si je peux aider, je suis libre d'obligations et assez vieux et faible d'esprit pour me laisser convaincre par une jeune et jolie nis que j'aurait incidemment rencontré.

Il s'approcha et ajouta en murmurant :

Et assez rusé pour avoir apporté la qualité et la quantité de renforts qui nous permettra de semer rapidement les agents de l'œil de la Forêt qui nous épient en ce moment même.


Dernière édition par Enseldrir Malaevoldû le Mar 24 Juin - 0:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Lun 9 Juin - 23:30

‘Aux dernières nouvelles’ !?!
Ainsi, Terendul qui aurait fidèlement suivi et servi son supérieur de bonne grâce en toute circonstance, ne l’accompagnait plus depuis quelques temps déjà…
Elle n’aimait pas ça. Du tout. Ni n’appréciait la rigidité qui vint exalter la droiture de son port habituel qui ne présageait rien de bon.

Si jeunesse et insouciance pouvaient l’acquitter de cette brulante impatience d’en savoir d’avantage, les nouvelles connaissances tout juste acquises ne lui permettaient plus d’en profiter. Malgré sa race et ses origines, elles l’obligeaient à refouler ses impulsions pour ne pas y céder.
Vaine tentative lorsqu’Enseldrir était directement concerné. De plus en plus alarmée, l’expression cristalline de ses yeux fut la première à en trahir l’échec.

Terendul dut en percevoir l’urgence. Ce fut donc pleine de reconnaissance envers le macar qu’elle ravala l’avalanche de questions prête à se déclencher, lorsqu’il en désamorça le déchainement de ses réponses anticipées.

La belle ne s’avéra aucunement surprise d’apprendre qu’une demande à comparaitre devant les autorités judiciaires d’Eldalië avait été requise. Plus d’une loi elfique et diplomatique avaient été volontairement bafouées de chaque côté.  
Représentants du Royaume, de l’Hossë et de l’Ambassade y participeraient probablement pour débattre la légitimité des faits, ainsi que leurs prix et conséquences.

L’annonce qu’Enseldrir avait rendu ses grades par contre, lui firent l’effet d’un coup bas. Un choix qu’elle ne pouvait approuver pour diverses causes, plus émotives que logiques. Mais elle pouvait parfaitement comprendre cette décision.

La confirmation des plaintes portées à charge de l’ancien neuna de la part des Kheyldariens fit grincer l’archère des dents. Elle ne connaissait que trop bien leurs meurs, ainsi que leurs raisonnements. Elle ne s’attendait donc à rien de moins de leur part.
Elle commença à se déplacer nerveusement de quelques pas d’abord vers la gauche, donnant une plausible justification en défense de l’accusé.

Meurtre, meurtre ! Quel grand mot ! Il ne s’agissait là que de défense du territoire conforme aux lois actuellement en vigueur en Taurë !

Chaque incrimination consécutivement énoncée obtint sa réaction, immédiatement suivie par un changement de direction en ses déplacements.

J'ai cessé d’être kheyldarienne dès la seconde où j’ai renié leur dieu et ma patrie. Ils ne peuvent donc revendiquer mon ass…

Elle agita sa main sans les airs, faisant mine de survoler un détail encore trop cuisant.
…quoi que ce soit en mon nom.
C’est d’ailleurs bien là ce qui les démange le plus à mon avis !


L’inculpation de provocation d’incident diplomatique pouvant mener à une guerre entre les deux rivaux en cette affaire la fit ricaner.

Ces hypocrites doivent surement confondre Enseldrir avec le Grand Prêtre d’Heldunielle ou le Cardinal Ythorien ! ‘Ils’ en sont les sources directes, ajouta-t-elle avec indignation.

La mise en cause de sa fidélité par contre, la cueillit entièrement au dépourvu, la faisant visiblement pâlir.

Tra… trahison !?!

Terendul en confirma la gravité.

C’est absurde !
Tout ceci est trop injuste et inacceptable !


Injuste de la part de certains de reverser leurs propres erreurs sur lui profitant de la situation. Inacceptable que le prix de sa liberté lui soit entièrement dévolu.

Le soulagement de le savoir libre ne dura que trop peu et s’estompa dès que Terendul avoua d’ignorer sa position. Si les services du Grand Intendant en étaient informés, il leur fallait trouver immédiatement un stratagème quelconque pour en acquérir les connaissances.

L’invitation à se joindre à lui pour agir n’aurait pu être plus propice et prendre une allure plus éclatante.
La situation d’Enseldrir apparaissait extrêmement délicate.
Terendul ne l’aurait jamais abandonné sans se battre. Elle non plus.

Et il n’était pas seul !
Elle senti naitre un sourire d’espoir et d’anticipation.
D’une main, elle le retint en sa proximité par une manche avant qu’il ne puisse s’éloigner. A' son tour de chuchoter sur un ton tout aussi pittoresque.

Dans ce cas Heru, j’espère que vous trouverez mon charme à la hauteur de vos expectatives.
Enseldrir et moi avons visiblement besoin de toute l’aide que vous pourrez nous apporter en ces circonstances si critiques pour nous tous
, fit-elle remarquer en faisant glisser son bras sous le sien pour qu’il la guide, un sourcil haut perché en attente de ses instructions.

Je dois cependant avant tout vous mettre en garde d’une chose.
Avides de vengeance et ne pouvant plus rien contre moi, les kheyldariens n’hésiteront pas à se jeter sur lui avec l’acharnement d’une meute de loups affamés, ainsi que sur tous ceux qui auront l’audace d’en défendre les positions.
Ils profiteront de l’incident diplomatique pour appliquer toute la pression politique dont ils seront capables.

Je ne m’attends malheureusement pas vraiment au soutien du Grand intendant, pas plus qu’à celui de Sheylsif. Il nous faudra trouver l’appui d’autres personnalités tout aussi influentes et…


Son sourire s’élargit.

…de par mon statut d’ex-ambassadrice, je pense en connaitre quelques-unes.
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Ven 13 Juin - 0:25

Elle avait changé de peau… pas tellement d'attitude ni même de tempérament. Le macar prit son mal en patience et la laissa vider son sac dans une série d'agitations et de gestes inutiles.

Lorsqu'elle osa toucher son vêtement il la fusilla d'un regard …. bienveillant.

Votre charme est indéniablement renouvelé, seler Eámanë Enialis.
Mon aide vous est acquise.
Les accusations Kheyldariennes ne sont rien.
Cependant, vous avez raison de vous méfier des institutions. Sachez que l'accusation a déjà sollicité mon témoignage et qu'en tant que membre d'Eldalië et - plus encore – qu'Aràto de la Macari Formenya, je ne peux envisager de m'y soustraire.


Un soupir porté vers le ciel et sa voix dit :

Il reste à souhaiter que les alliés que vous pensez avoir soient effectivement de votre coté.


Il accéléra le pas, prenant la porte finement ouvragée qui donnait sur le parc du cygne noir. La voix de Terendul devint soudain plus conforme à ce qu'elle avait toujours été, même s'il ne s'agissait que d'un susurrement, il portait la glace et le vent.

Trêve de rêveries et de bavardages, il faudra à présent suivre mes paroles sans aucune discussion !


Le couple glissa entre deux bosquets. Manifestement, le nêr tenait fermement la nis et ouvrait la marche.
La végétation était dense dans cet espace et le nombre de flâneur étrangement élevé.
Un écureuil galopa sur un vieux chêne. Son regard blanc cherchait un objectif au sol. Une noisette, une noix ? Un serpent, un chat ? Non : Là ! Deux silhouettes pressées. Une portant la mise et les armes d'un macar Aràto et l'autre une robe Gaïanielithe… Le jacquet fonça ventre à branche, il écorcha le vénérable végétal de la force brute de ses griffes, sauta dans le vide et… se mit à planer sur une longue distance. L'arbrissage sur un jeune aulne fut des plus brutaux. Ses incisives supérieures encaissèrent une partie du choc. Sur le coup, ses yeux retrouvèrent un court instant l'éclat noir de leur nature avant de redevenir une mer de lait.
Où se trouvaient ses cibles ? Elles faisaient tellement de bruit qu'il n'était pas difficile de les suivre. La forme caractéristique de ses objectifs lui apparût contre la lumière du reflet d'un canal. Ils embarquaient. Le nêr était fébrile, ses gestes peu sûrs, il transpirait. La nis portait une robe trop petite pour elle.
Les pupilles de l'écureuil s'illuminèrent d'un éclair jaune.

Un sort de masque, destiné à couvrir l'identité d'une personne, probablement réalisé par un mage de Laurikhiel de très haute maitrise. Pourtant tout indiquait l'essence des cibles originelles. Un sort de divination conduisait à eux… le petit animal éructa et fila en sens inverse. Loin au dessus du sol, mais plus à l'ouest, un corbeau croassa fébrilement. L'écureuil grimpa aussi vite qu'il le pouvait, et à nouveau s'élança dans le vide. Cette fois, le trajet fût bien plus mouvementé. Les feuilles formaient des barrages aux fouets déstabilisants, les branches étaient autant d'obstacles et l'alliés s'il parvenait à les accrocher convenablement. Mais il parvint a proximité d'un autre couple alors qu'ils s'engouffraient dans un conduit d'évacuation d'eau. Leurs tenues de macar Formenya sans insigne se fondaient dans le décor. Le nêr avait les gestes assurés la nis le suivait sans rechigner; ses vêtements flottaient un peu mais seul un regard acéré pouvait le déceler.

En un éclair, le jacquet fila jusqu'au niveau du sol. Il fit quelques sauts laborieux dans la végétation, sa destination n'était qu'à quelques pas, mais il lui faudrait du temps pour…

… un choc immense, une douleur aigüe dans le flanc, le regard vide d'un reptile. Son cœur explosa comme un volcan, l'écureuil darda une patte vers une souris tremblante qui contemplait la scène non loin de là. Le regard du rongeur se voila de blanc, il vit son précédent corps agité de soubresauts finir dans les anneaux du prédateur. Mais l'heure n'était pas à la contemplation ni à la prière. Le museau se fraya un chemin jusqu'à l'entrée des souterrains. Il était encore temps, un fil de voix se faisait entendre, il parviendrait à les suivre.
Le corbeau fit une courbe dans l'air, un vol de pur plaisir. Un coup d'aile moqueur vers l'esquif qui s'éloignait, un œil inquisiteur vers la sortie possible du passage caché.
L'air se chargea d'énergie. Avant qu'il ne puisse comprendre ce qu'il advenait, ses côtes cassaient sous un choc et une étreinte irrépressible. Il plongea vers le sol avec le poid de son agresseur au dessus de lui. Leur vrille s'interrompit deux fois lorsqu'ils touchèrent un rameau et le sol. La douleur irradia dans tout son corps, la dernière chose qu'il vit fût l'œil du rapace et son bec acéré. Un aigle botté, superbe créature de Gaïaniel… son hôte trépassé, le prêtre fût propulsé dans son propre corps, ses muscles crispés il chercha sa respiration pendant quelques minutes. Non loin de lui, son acolyte était encore en transe, ses yeux révuulsés. Il sourit : la trace n'était pas perdue.

Une barque toucha terre. Les deux occupants l'abandonnèrent précipitamment. Le nêr continua à solliciter la nis afin qu'elle garde une allure convenable. Puis, ils s'engouffrèrent dans une faille dans le sol. La caverne ouverte sur le ciel contenait cinq macari. Une d'entre eux entraîna Eámanë à l'abri d'un buisson.
Terendul se figea devant un membre de son unité. L'énergie suintait des paumes de celui-ci, un sourire dément sur son visage.

Whélaniel prend la suite, Aràto. Un sort comme on en voit plus…


Des picotements sous la peau, une sensation de vertige, d'aspiration, le tout se terminant par une nausée persistante tels furent les effets ressentis par les deux cibles du charme.

L'éclaireur maugréa :

En avant, ne trainons pas.

Il bondissait déjà vers le nord.
Avec un léger temps de retard, la nis le suivit machinalement.
Derrière eux, une voix proche de l'évanouissement disait :

Un merci ne serait pas un paiement trop élevé, Macar Aràto !

L'interpelé ne ralentit pas le pas, bougonnant encore :

Ce fainéant mettra une bonne lune à se remettre de ses exploits.

Le mage ajouta :

Deux nuits, pas plus ! Vous avez deux nuits ! Puis ils pourront vous trouver…

Un rictus sur son visage, Terendul se tourna à demi, vérifiant qu'Eámanë suivait sans trop de problème. Il fit un signe de tête à destination de son interlocuteur. Remerciement ? Acquiescement ? Agacement ?

Leur route bifurqua vers l'ouest puis, après avoir évité quelques tanières de maraudeurs sylvestres et de grognards, ils firent une pause. La nuit tombait.
Leur bivouac était situé sur un terrain abrupt et couvert de rochers. Ils avaient pris place sur une plateforme, en hauteur. Le chêne qui la soutenait avait vu des jours meilleurs mais la position était sûre et confortable. Une source proche, des baies à portée, un emplacement pour un foyer. L'éclaireur y déploya un petit réchaud métallique puis déposa une grosse poignée de châtaignes et deux feuilles pliées tenues par un fin lien d'herbes : du Lembas. Une gourde, une gamelle, deux quarts, un sac d'herbes, et un objet dans un linge blanc.

Il fit quelques pas.

Je dois m'assurer que nous ne sommes pas suivis. Restez ici. Vous trouverez du combustible et de quoi agrémenter notre festin. Il faudra manger correctement car demain, la journée risque d'être longue.

Avant de s'éclipser, il désigna l'objet dont l'emballage laissait deviner une lanière de cuir et le bleuté de l'acier d'une garde.

Ceci était à vous.
Vous êtes en sécurité ici. Si jamais il y a menace, laissez parler votre instinct. Grimpez, esquivez et s'il le faut, laissez parler l'acier.


Sans attendre de réponse, il se laissa glisser le long du tronc, freina sa chute et disparut dans les buissons.

-----

La souris fatiguait. Elle avait poursuivi les deux cibles jusqu'à la limite de ses forces. Maintenant que leur bivouac était établit, elle grelottait de faim et de soif.
Le nêr et sa compagne de voyage échangeait des banalités et quelques vers en elfe antique. Les macari entretenaient leur matériel. Le rongeur se dressa sur ses pattes arrières, se brossa les moustaches avec ses griffes et cligna plusieurs fois de ses yeux blancs… Ce n'était pas eux… Le même geste se répéta, leurs yeux noirs et brillants reflétaient les flammes du feu de camp. La souris ne reconnaissait rien autour d'elle. L'air sentait si bon qu'il lui sembla qu'elle faisait un festin juste en respirant. De bond en bond, elle arriva près des deux silhouettes qui lui jetèrent quelques miettes.

Bougres !  

Le cri soudain du prêtre de Gaïaniel qui sortait de sa torpeur en se redressant subitement fit sursauter son acolyte. Ils avaient bel et bien été dupés !

-----

Le macar fut de retour après un long moment. Le feu couvait encore alors que les cuissons étaient terminées.
L'objet caché avait à nouveau disparu, seul restait un linge soigneusement plié que le nêr rangea au fond de son sac sans un commentaire.
L'ex-Kheyldarienne avait préparé un repas très convenable que l'éclaireur agrémenta de quelques baies et d'un champignon qu'il laissa griller à même la braise. L'odeur délicieuse qui s'en dégagea raviva l'appétit de la nis. Lorsqu'elle y gouta, sa saveur et sa texture la surprit tellement qu'elle ne put laisser échapper quelques goutes de jus qui coulèrent le long de son menton et qu'elle ne rattrapa qu'in extrémis de la paume d'une main.
La croute caramélisée laissait place à une chaire tendre, pleine et savoureuse.

Ils en rirent brièvement de concert, puis, leur réserve mutuelle reprit le dessus.

Ils n'échangèrent que de brèves paroles. Il n'avait pas découvert de trace de l'ex-neuna, elle ne savait pas comment elle était devenue une nis. Point. Le reste du repas se passa moins en queue de poisson que leur conversation.

Le ventre bien remplit, ils installèrent leurs hamacs.
Terendul éteint le feu d'une main experte et récita d'un ton sans réplique :

Je prends la première garde.

Il gagna son poste de veille quelques mètres au dessus.

Eámanë s'endormit sous le regard bienveillant des Eleni et de leur brillance dans les yeux d'un Aràto encore circonspect.

Le jour pointait presque lorsqu'elle se réveilla. Les bruits de la Taurë qui s'éveillait emplissaient l'air. Le feu était rétabli, les gourdes remplies, une coupe pleine de baies. Au dessus, une voix expliqua :

Le jour n'est pas loin. Mais la nuit n'est pas finie. Prenez le temps de vous sustenter pendant que je me repose encore un peu.

Une forme glissa le long du tronc, la vision était étrange ; très distincte et pourtant floue à la fois. Eámanë en découvrit soudainement la raison : il faisait nuit, elle expérimentait donc la vision nyctalope des elfes !
La silhouette sombre et brillante qui se redressait pivota souplement et prit place dans son propre hamac dans un soupir sonore, son barda enroulé d'un geste précis en des liens savants.  
Sans attendre une réponse, l'éclaireur se laissa bercer jusque dans un sommeil profond.
La nis, maintenant levée, détendit son corps. Elle parcourut la plateforme d'un pas lent en profitant du moindre aspect que lui offrait la vue magnifique qui s'étendait sous ses yeux nouveaux.
Chaque mouvement, ombre, bruissement, jusqu'à l'écorce des arbres lui semblèrent renouvelés.
Elle en oublia presque son petit déjeuné, si le macar n'avait laissé une tasse d'eau bouillante et une part de Lembas sur le feu.

Quelques temps plus tard, ils étaient en route. Le terrain était difficile et les voyageurs se firent pisteurs. L'éclaireur savait ce qu'il cherchait.
Des traces infimes, signes de vie autochtone et Eldaliënithe. Une cueillette de fruits pondérée, des noyaux abandonnés. Le regard de l'Aràto changeait au moindre indice qui lui semblait constituer preuve. Son sourire froid gagnait en intensité, la nis se trouva troublée d'en concevoir de l'espoir.

Les traces dans la mousse se firent néanmoins trop évidentes. Ils gagnaient la crête d'un amoncellent de rocs sous le tintinnabulement d'une source abondante lorsque l'éclaireur se figea. Un bref regard sur sa compagne de voyage puis il se redressa et avança fièrement.

Il n'y a guère de chance qu'un ex-neuna échappe à des assassins s'il ne prend plus de précautions. Si vous le voyez, dites lui, je vous prie heru de ces bois.

Une voix connue lui répondit au-delà de la vue de la nis :

Les assassins que je risque le plus de rencontrer connaissent parfaitement mon lieu de vie. D'ailleurs, à moins d'être réduit à ce genre de devoir que j'ai la faiblesse d'imaginer pénible pour toi, je ne vois pas bien ce que tu viens faire par ici, Macar Aràto Terendul.

L'interpelé lorgna sur ses ongles de sa main droite. En répondant :

Oh, je vois. Il est bien vrai que je ne suis pas là par pur plaisir. Donc, je ne saurais être un assassin.
Est-ce un soupir d'aise que je perçois ?
Je sers d'escorte. Encore.
Y prendrais-je goût ?
Mais il subsiste une victoire dont il me reste à savourer les fruits : et la voici !


Un geste léger. Une forme émergeait au dessus.

Une nis ouvrait de grands yeux. Sa robe avait subi quelques affres du voyage mais elle s'en tirait plutôt bien dans l'ensemble. Elle lissa sa mise de la paume de ses mains.
Un nêr plissait son regard. En contre-jour, la chevelure qui lui faisait face était une aura de feu.
Cela ne se pouvait pas !
Pas dans ce monde !
Des pantalons de voyages enfoncés dans des bottes souples, une chemise portée près du corps qui avait connu de meilleurs jours, un bracelet de cuir ouvragé qui lui couvrait l'avant-bras gauche, sans arme, entouré de sa vaisselle de voyage à demi-nettoyée, les doigts encore maculés de sable et de reste de nourriture… il était là. Egaré, blafard, le regard creusé mais couvant d'un feu dardant.
Enseldrir resta les bras ballants s'étouffant :

Vala !    

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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Ven 20 Juin - 0:47

Cette première rencontre avec Terendul s’avéra un enchaînement de surprises à la fois déroutantes et désarmantes.
Lui, qui durant deux cycles se vit obligé à contrecœur d’escorter une simple marchande atan, captive en attente de déportation, devenue ensuite diplomate.
Lui, qui avait contribué à la sauver des griffes d’un dangereux nuisible uniquement par obéissance à un devoir imposé.
Lui, qui entre un bougonnement et l’autre ne lui avait guère adressé plus de quelques mots successifs, pour la plupart autoritaires et/ou indifférents lorsqu’ils ne furent carrément abruptes, venait de se lancer dans ce que certains auraient défini dans son cas particulier une prose, et dont l’exorde eut la saveur exceptionnellement rare entre ses lèvres d’un compliment.
Plus inimaginable encore, cette qualification de - seler - !
Il incarnait en ce moment précis une certitude: l’existence des Valar !

Ceci dit, Terendul resta cohérent avec lui-même, n’hésitant pas à exprimer ouvertement son agacement quant à la situation compromettante d’Enseldrir. Son geste avait indirectement exposé une bonne partie la Macari Formenya ainsi que l’Aràto sous inspection.

Les alliés auxquels je fais référence m’ont déjà soutenue dans le passé lors de situations plutôt délicates, alors que je n’étais qu’une diplomate étrangère. Je n’ai nul doute qu’ils se rangeront en défense du neuna si à leur quémander leur soutient, ce sera une quendë portant les couleurs et suivant les concepts Gaianieliths.

L’inflexion utilisée par l’archère fut si confiante qu’elle se poussa jusqu’à renier l’abdication de rang de l’accusé. C’était sous les insignes de Neuna qu’elle avait appris à le connaitre, à l’apprécier, et enfin à l’aimer.
Enseldrir était né pour devenir Neuna…et le rester!

La belle fut sur le point de lui révéler les deux premiers noms de sa liste, mais le macar ne lui en laissa pas le loisir, coupant sèchement toute conversation d’un ton qui, comme à son habitude, n’admettait aucune désobéissance.
Valkhyria aurait ressenti l’avant-gout d’une d’offense si elle n’y avait pas aussi perçu une pointe distincte de préoccupation.
Elle se soumit donc docilement à ses dictats, ignare des raisons qui poussaient le nêr à ce comportement d’urgence, sachant qu’il ne pouvait s’agir que de sa sécurité. Et tant lui suffisait.

Le passage sur l’eau se fit dans le silence le plus complet.
Le soulagement de l’archère en touchant terre ne fut que de courte durée, prise soudainement de vertiges peu agréables, qui mutèrent la bile de son foie en feu.
Contrainte à nouveau à des efforts dont elle ne perçut vaguement l’ampleur que lorsqu'un branchage venait la fouetter, elle ne se rendit pas compte de l’amélioration de son équilibre et de son agilité. Profondément et inconsciemment influencée par l’attitude de Terendul, elle s'efforçait juste d'en suivre mouvances et trajectoires, le front moite de concentration.

Pour se distraire du malaise provoqué par la magie, elle se concentra sur les échanges entre le macar et l’auteur de son état. C’est ainsi qu’elle découvrit que le second n’était pas désagréable tout spécialement qu’avec elle…
Maigre consolation, mais qui la fit tout de même sourire, alors que les deux elfes se renvoyaient leurs éloges sarcastiques.

Ils se séparèrent du mage et ce ne fut qu’au déclin du jour que l’Aràto proposa enfin une halte définitive jusqu’au lendemain avant de s’éclipser pour une ronde, la laissant s’occuper de leur repas. Mais pas avant de lui avoir remis entre les mains un objet auquel elle était particulièrement attachée, accompagné d’étranges recommandations, dont elle ne put entièrement appréhender le sens. Mais s'il fallait juste agir d'instinct, aucun problème. Elle savait le faire.
Elle ne leurs dédia donc que peu de méditation, excitée de découvrir sous le linge ce qu’elle espérait y trouver. C'est avec pleine satisfaction qu'elle souligna du passage de ses doigts la lame parfaitement entretenue de sa précieuse dague de la Foi.
Le nêr avait déjà disparu sous la protection de la dense végétation lorsque un – hanta – résonna avec force derrière lui, suivi d’un faible toron Terendul, qu’elle ne murmura avec affection que pour ses propres ouïes.

Malgré la faim qui tenaillait ses entrailles, Valkhyria attendit le retour du macar pour se repaitre en sa compagnie. Et son attente fut largement récompensée par un évènement qui aurait marqué à jamais sa mémoire: la riche résonnance d’un rire spontané.
Pur et aussi radieux qu’Anar lorsque le nêr se laisser simplement aller. Si on lui avait demandé de lui donner un nom, il aurait été celui de candeur.
Elle n’en revint pas et en fut prise de si court qu’elle se sentie presque gênée pour lui d’en avoir été témoin.
Elle fit mine de rien et se comporta ensuite comme si elle n’avait pas remarqué. Trop tard, ce fut inutile, la conversation s’en trouva fortement compromise.
L’archère se surprit à se demander si un jour Terendul aurait réussi à oublier ses origines kheyldariennes tel qu’elle si opérait elle-même, ou s’il continuerait à lui en tenir rigueur pour le restant de ses jours.
L’heure du repos les sauva tous deux de l’embarras.

Entièrement confiante en les qualités protectrices de l’Aràto, elle prit place dans son hamac et s’endormit presqu’aussitôt, le corps et l’esprit fatigués après une journée trop intense et abondante de nouveautés venues lui submerger les sens par tous les fronts. Il faisait bon de pouvoir enfin mettre un terme à toute incitation externe pour ne se concentrer que sur le plaisir de se laisser glisser vers l’oubli onirique.

Quelques heures plus tard, un bruissement moins subreptice que d'autres la tira de son sommeil pour lui faire découvrir que tout avait été préparé pour qu’elle puisse prendre la relève de garde en toute commodité.
Les flammes d’un foyer crissaient bruyamment en léchant avec rapidité ce qu’il restait des brindilles sèches avant de s’attaquer aux morceaux les plus épais.

La vision si distincte de Terendul qui s’installait plus loin pour se reposer à son tour, la brillance du feuillage couvert de rosée qui lui conférait l'éclat de milles paillettes et dont le lustre miroitant se renouvelait au moindre souffle de brise…
Elle se leva pour s’étirer aux lueurs qu’elle crut diurnes en se demandant pourquoi le macar ne l’avait pas réveillée plus tôt. Elle resta les bras un instant pendus dans les airs quand elle réalisa que le chant de la Taurë ne correspondait pas vraiment à celui de son éveil.
Soulevant le regard au-delà des frondaisons qui les dominaient, elle pouvait nettement discerner le scintillement des étoiles autour de la brillance exceptionnelle d’Isil, alors qu'elles auraient dû disparaitre, ombragées de sa clarté.

Par quelle diabler… Oh !

Elle abaissa lentement ses mains devant son visage pour en observer les paumes dont la couleur et la texture apparaissaient magnifiées. Perplexe, elle pivota ensuite sur elle-même pour embrasser ce halo d’argent qui entourait chaque chose autour d’elle.
Elle découvrit ainsi que pour les elfes, de nuit comme de jour, la beauté était une caractéristique constante de leur vie.
Pas étonnant qu’ils cherchaient à tout prix à en préserver l’authenticité intacte. Compréhensible enfin, cette conviction que toute empreinte étrangère ne puisse apporter que souillure.

Un parfum de grillé l’anima subitement, la faisant bondir sur le lembas pour le récupérer de justesse avant qu’il ne commence à se carboniser. Elle en jongla d’une main à l’autre tout en soufflant dessus pour éviter de se bruler les doigts.
C’est ainsi que son tour de garde se transforma rapidement en une appétissante et joyeuse ronde de reconnaissance, jusqu’à ce que les premières clartés de l'aube ne viennent mettre fin à ses découvertes d’un spectacle tout aussi intense.
Les tons rosés du ciel se propagèrent et se transformèrent rapidement en de flamboyantes striures rougeâtres. Ceux-ci s’éclaircirent progressivement vers une couleur d'or vif, l’obligeant à serrer les paupières pour se protéger les yeux. A force d'arpenter les sentiers couverts de la grande Foret, ils étaient devenus trop sensibles à ce genre de sollicitation lumineuse.

Le levé du jour signa aussi celui de Terendul, qui ne tarda pas plus qu’il ne fallut pour les remettre en route.
Tandis que l’éclaireur traquait des traces pouvant les conduire à Enseldrir, la belle observait fréquemment les expressions de son visage pouvant indiquer qu’il venait de trouver ce qu’il cherchait.
Lorsqu’elle vit un sourire étirer ses lèvres, elle se figea dans la plus totale immobilité, sa respiration en suspension.


Zephira a écrit:
Malicia! Malicia! Devine qui est là!

Devant l'air franchement circonspect de son amie, l'halkamandrelle fit rouler les yeux vers le ciel.

Mais nan, pas moi voyons!
Roooo et pis zut! Ya pas l'temps et tu ne peux pas rater ça.


Ce fut sans ménagement que Zéphira zouffa en hauteur quelques mètres plus loin, arrachant l'hallutrus à ses tâches pour l'entrainer avec elle.

Prépare tes mouchoirs, ce sera beau comme au cinéma. Je le sens!

Elle prit place sur le branchage, invitant Malicia à en faire autant.

Tiens, fit-elle ensuite en lui passant la moitié de son lembas, il est grillé.
Vu que ce matin, ma maitresse ne semblait pas avoir faim, je me suis sacrifiée.

Valkhyria sentit le poids du monde s’abattre sur ses épaules, envisageant au travers des mots que l'Aràto adressait à son interlocuteur qu’il s’agissait uniquement de la rencontre d’une connaissance qu'il avait en commun avec Enseldrir. Puis elle sentit son cœur exploser d’exultation lorsque la voix de l’interpelé, que nul n’aurait pu confondre, s’éleva pour répondre.

Ce fut sur des jambes vacillantes qu’elle mit un pas devant l’autre lorsque Terendul l’invita à avancer pour manifester sa présence. Elle passa devant lui cherchant son regard du sien en quête de courage qu’il lui transmit d’un simple signe de tête. La panique s’empara pourtant de l’archère, ignare de l'accueil qu'elle recevrait de l’autre côté de la butte...
Comment réagirait-il de la savoir rendue à la vie?
Qu’en serait-il d’elle si Enseldrir la repoussait, refusant sa métamorphose qui ne faisait que commencer ?
Mais aussi, comment réagirait-elle une fois devant celui qui leva sa lame mortelle pour lui trancher la gorge ?

Debout plus en aval, le regard rivé sur elle, affichant la même expression d’incrédulité qu’elle savait de refléter, se tenait la silhouette de ce qui n’était plus que l’ombre d’un neuna dépouillé de sa fierté.

Vala, elle n’était pas prête !
Sa robe dont elle lissa machinalement les plis était un désastre et elle n’osait penser à sa chevelure, dont elle avait totalement oublié de prendre soin ce matin-là, son attention captivée ailleurs. Pour preuve, ses doigts s’emmêlèrent entre les pointes d’une mèche sur laquelle elle tira légèrement pour vérifier ses craintes.

Il fit un pas dans sa direction, puis un autre.

Elle baissa nerveusement ses yeux d’émeraude au sol, à la recherche frénétique d’une feuille morte quelconque plus intéressante que d’autres sur laquelle les poser sans raison. Elle se sentait incapable de soutenir son regard mordoré, la scrutant avec autant d’intensité.

Il avança encore. Elle ne le vit pas, mais le perçut distinctement.
Il s’attendait probablement à ce qu’elle en fasse autant. Mais elle n'en fit rien, combattue entre l’envie de dévaler la pente et de se jeter à son cou pour provoquer son étreinte et celle de la fuir.
En sera-t-il déçu ?

Elle s’humecta les lèvres s’efforçant de contenir les battements sauvages de son cœur. Une angoisse sourde s’insinuait avec de plus en plus de prépondérance alors qu’il réduisait progressivement la distance les séparant.
Paralysée par la violence des émotions si contrastantes de fuite et désir qui l’affectaient, elle en craignit leurs débordements. Ce fut la présence de Terendul qui l’exhorta à se secouer. Une espèce de refus qu’ils avaient tous deux d’exposer leurs faiblesses l’un à l’autre suffit à lui donner la force de les surmonter, éveillant en elle cette pointe de fierté dont elle put se redresser en dépit des sensations qui la tenaillaient.

Valkhyria retint son souffle lorsqu’il allongea son bras pour lui écarter en un geste devenu habituel la mèche rebelle de son front. De là, il suivit le contour de sa joue jusqu’au menton pour lui soulever le visage et l’obliger à le regarder.
Elle put ainsi constater qu’elle n’était pas la seule à avoir changé.

Elle se força à l’immobilité lorsqu’il descendit vers la cicatrice. Mais quand, le regard déchiré, il y fit passer le revers de ses doigts en une caresse d’une douceur infinie, elle ne put retenir un léger mouvement de recul.

Je suis désolée… Je ne voulais pas…

L’archère s’interrompit lorsqu’elle sentit ses doigts se crisper sur sa peau avant de se détendre à nouveau pour en envelopper tendrement sa nuque.

La tension s’en dissipa quelque peu, subjuguée par le désir qu’elle lut dans les yeux du nêr qui semblaient vouloir lui dire ‘toi aussi, tu m’as manqué. Énormément.’

Il inclina légèrement sa tête, son souffle chaud lui caressant légèrement les lèvres lorsqu’il entrouvrit les siennes pour l’y inviter. Il attira le visage de la belle au sien avec lenteur pour lui donner le temps de se refuser si elle en ressentait le besoin. Ce qu’elle ne fit point, laissant qu’il lui effleure la bouche d’un baiser si délicat qu’elle crut un instant l’avoir rêvé.
Pourtant, tout était bel et bien réel. Aussi réel que la douceur de son baiser et le parfum boisé de sa peau, toujours aussi enivrant…
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Enseldrir Malaevoldû
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Lun 23 Juin - 0:27

La silhouette s'agita, se tortilla. Le contre-jour était trop fort pour que le nêr puisse voir clairement ses expressions, mais il n'y avait aucun doute : c'était elle.

Elle leva une main vers ses cheveux dans un geste de coquetterie qui le sortit de sa torpeur ; il ne pouvait rester infiniment les pieds dans l'eau et la bouche ouverte.  
Il fit un pas dans sa direction, puis un autre. Enfin, l'ombre de la végétation lui permit de distinguer son visage. Les yeux au sol, la demi-nis semblait perdue. Il y avait quelque chose de changé en elle, Enseldrir marqua un court temps d'arrêt avant de reprendre sa lente progression.
La tenue de son aimée avait souffert du voyage cependant, de part sa coupe élaborée et parfaitement ajustée, elle contribuait à rendre la scène surréaliste.

Arrivé à proximité, l'ex-neuna leva un bras. Pour conjurer le sort et avant tout contact il souffla :

Douce illusion !

Ses doigts lui parurent eux aussi victime d'une tromperie. Au travers de leur regard, leurs âmes se répondirent.
Sa caresse machinale se fit douloureuse lorsqu'elle s'attarda sans qu'il ne puisse la contrôler sur la trace d'une blessure. De quoi se souvenait-elle ?
Le mouvement de recul qu'elle fit le renseigna. Il faillit lui aussi retirer sa main comme si elle avait touché une braise, mais la belle dispersa ses craintes de quelques mots.
Alors, lentement, comme s'il craignait de l'effaroucher ou de rompre un charme, il l'embrassa doucement.

Ensuite, sa main coupable se mit à trembler, lâchant Eámanë il la fit s'ouvrir et se refermer  deux fois machinalement avant de la faire disparaître dans son dos.

La réalité de la présence de la demi-nis commença à se frayer un chemin dans l'esprit retourné d'Enseldrir. Il ne savait que faire d'autre, n'osait pas la brusquer, la questionner. Un battement sourd frappait dans sa poitrine, il se laissa guider par son rythme :

Mon cœur était parti pour un long voyage, Melda.
Un voyage qui allait au-delà du temps et des distances.
Et le voici de retour précipitamment dans un lieu qui ne l'attendait plus.
Même s'il espérait toujours.

De coté et resté en hauteur, Terendul était pudiquement absorbé par le vol d'un groupe de jeunes mésanges se régalant de la nuée d'insectes qui grouillaient dans les branches basses.

Sans qu'il semble se préoccuper le moins du monde de son environnement il dit :

Le voyage fût plus aisé que d'habitude, Quendu Enseldrir Malaevoldû. L'esprit de la Taurë m'a tout l'air d'être apaisé.

Le regard étonné d'Enseldrir parcouru le corps entier de son aimée qui, s'il portait les stigmates naturels à une course sylvestre guidée par un vétéran éclaireur Formenya, n'avait aucune trace -absolument rien- de ce qui caractérisait l'influence de l'esprit de la Taurë sur une peau étrangère.

Melda ! Tu es…


Les yeux du nêr brillaient de ce que sa voix, terrassée par l'émotion, ne parvenait pas à formuler.
Il réalisait soudainement qu'elle avait changé au-delà de l'imaginable. Et que lui aussi… il poursuivit :

Oh, tu n'as…


L'interruption était franche et ne souffrait pas d'opposition. Les propos de l'Aràto avaient force de loi ici. Tel était la loi du peuple premier.  

Il ne me reste que quelques heures pour mettre un peu de distance entre nous.
Passé ce délai, le sort de couverture qui nous protège de toute localisation se délitera.
Selon la justice de notre Grand Intendant, nous ne devons pas échanger d'information et encore moins nous rencontrer.


Terendul ne les dévisagea pas, tourné de trois quarts, il termina :

Mes bottes n'ont pas foulé ce sol, je n'ai pas souffert de votre présence, mon jugement vous est interdit et ce, depuis des lunes. Sommes-nous en phase, perdus que vous êtes ?

Sans attendre de réponse, le macar pivota et fit bruisser la végétation en se frayant un chemin plus violement qu'il n'était nécessaire.
Derrière lui, une voix encore sous le coup de l'émotion tenta de la dissimuler tout en articulant :

Hanta Toron, Hanta.

Et à présent, Enseldrir dût se rendre à l'évidence : L'illusion persistait. Aussi douce qu'il était possible. Mais c'était impossible.

Tu es encore là ?

Le regard inquiétant et brillant du nêr, au bord de la folie,  semblait ajouter :
'Alors viendrais-tu plus loin avec un paria dont tu devrais te défier ?'

Mon campement est… un peu plus à l'est. Si tu veux…

A quoi pensait-il ? Tant de subterfuges déployés par Terendul et probablement une grande partie des moyens ésotériques de la Macari Formenya, l'énergie des Vala, et la volonté de sa belle serait autre ?

.. viens !

Sa main trouva celle de la nis. Ensemble, ils gagnèrent si facilement les hautes branches qui protégeaient le bivouac du nêr qu'ils semblèrent voler  
Le campement n'avait rien de commun avec ce que la demi-nis avait connu.
Vêtements et chiffons mêlés, cosses vides de divers fruits maculant le sol, un foyer à demi-éteint, des tiges jetées au sol – manifestement une sorte de brochettes – et quelques récipients de fortune remplis ou non.
Seul le hamac, relié par des liens impeccablement espacés, semblait échapper au chaos intégral.
Encore que… à y regarder de plus près… La réserve de bois était savamment agencée : Même en cas de tempête, elle aurait échappé à l'humidité.
Un sac pendait à l'abri de tout envieux : manifestement sa réserve de vivres.
Un ensemble de silex méticuleusement taillés brillaient à proximité de galets lisses et de palettes en bois : Ses outils et couverts.
Quand aux emplacements des habits… et bien elle n'y trouvait aucune logique…


Malicia a écrit:
Nan, mais là c'était trop facile, même sans ouvrir les yeux elle le saurait : C'est Zéphira, ma copine qui est là koukou !
Le regard de l'Allutrus se fit perçant. Mais avant qu'elle ne puisse placer un mot bien sentit, elle fût entrainée par une furie piomesque.

Ha ! Il s'agissait donc d'un spectacle ? Alors voyons !

Du Lembas grillé.  Une scène à contempler. Une branche en guise de siège. C'était super ! Heu… halte-là ! Ce n'était pas une branche ! Mais les andouillers d'un grand cerf hypnotisé tout autant par elles qu'elles l'était soudainement par lui.

Malicia, remise de ses premières émotions, se concentra à nouveaux vers les principaux protagonistes, Elle glissa entre deux bouchées croustillantes :

T'as raijon, Jephira, Ch'est wachement intérechant chette choirée Piom chur des cornes...

Ses postillons manquèrent de faire éternuer le brave ongulé qui ne fit que rechigner un peu. Puis elle avala bruyamment :

… que d'émochions. Glup !
Et si on appelait ça une soirée piom-corne ?


Tout sourire, l'Allutrus aux dents maculée de particules diverses offrait une expression candide et diabolique.


Dernière édition par Enseldrir Malaevoldû le Lun 22 Sep - 22:52, édité 1 fois
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Eámanë Enialis
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Jeu 26 Juin - 0:25

Melda…
Sa sonorité toujours aussi douce.
Tout comme elle, il n’avait donc jamais cessé de la porter en ses pensées les plus intimes.
Mais comment aurait-elle pu répliquer à une telle déclaration sans le blesser.
Elle, dont vie, conscience et sentiments furent mis en suspension à temps indéterminé.
De sa mort, l’élu de son cœur n’hérita apparemment que solitude et souffrance, tandis qu’elle acquit paix, protection et repos physique jusqu’au grand jour de son éveil.
Le tout enrichi d’un supplément plus précieux que toute autre offrande : de nouvelles cognitions, bien plus amples et élevées de celles dans lesquelles les kheyldariens l’emprisonnèrent.
Ce ne fut qu’en réintégrant le monde des vivants qu’elle sentit s’abattre la foudroyante poigne de l’isolement sans notions ni repères, ainsi que toutes les émotions brisées par le décès.
Quant à la partie subconsciente de son âme, c’était toute autre affaire…

Les lois divines de l'éther diffèrent entièrement de celles qui régissent la matière, …Harma.
J’ajouterai : heureusement.


Une première interruption du macar interloqua le couple de par son sujet. L’esprit de la Taurë !
Ne s’étant jamais manifesté, il était vrai que contrairement à Terendul qui vit sa fonction d’escorte se faciliter, l’archère n’y avait prêté aucune attention durant le trajet et s’en surpris à son tour.
Mais le plus manifestement étonné des trois restait Enseldrir.
Les traits de son beau visage se figèrent d’une agréable incrédulité.
La belle ne put dissimuler la naissance d’un sourire lorsqu’il examina minutieusement chaque parcelle de peau découverte sur lequel son regard s’attarda. Il devait confirmer à ses yeux ce que son esprit avait du mal à concevoir par son ouïe, peut lui importait la fiabilité du messager.

Une nouvelle interruption de l’Aràto laissa Valkhyria sur sa faim. Que n’avait-elle pas ou plus… ?
Elle ne l’aurait désormais probablement jamais su et s’en mordit, métaphoriquement parlant, les doigts.

Elle découvrit en revanche que son accompagnateur la conduisit jusqu’à Enseldrir contre toute consigne. Il ne pouvait donc s’attarder plus longtemps.
Ce dernier étant accusé de trahison, Terendul prit d’énormes risques pour lui et pour les macari qui, encore fidèles à leur ancien supérieur, les avaient aidé à le rejoindre en toute discrétion.
Elle n’osait penser à ce qu’il se passerait si jamais le Grand Prêtre ou le Grand Conseil venaient à apprendre de sa désobéissance.
Apparemment, la présomption d’innocence jusqu’à preuve contraire semblait tout aussi illusoire parmi les premiers nés qu’elle ne l’était parmi les atani.

Restée seule avec Enseldrir, l’archère blêmit d’un moment de déconfort lorsqu’il se surprit de la retrouvée présente à ses côtés. Et jamais elle ne l’avait connu aussi maladroit de ses lignes. Son assurance avait-elle péri avec la Kheyldarienne ?

Une hésitation, une rapide élaboration logique des circonstances qui menèrent à l’actuelle situation et l’instinct dominant qu’elle lui connaissait fit enfin surface.
Sa main solidement refermée autour de la sienne, il l’entraina en hauteur sans plus se soucier de ses limites.
Prise au dépourvu, l’archère anhéla à sa suite, non pas d’efforts, mais de crainte. Elle ne put qu’éviter de justesse le fouet au visage de quelques branches, mais ne fut pas tout aussi favorisée au niveau des membres inférieurs. Ce fut la respiration courte et la mine hagarde qu’elle pénétra en son antre, inattentive au fouillis des lieux. Tremblante comme une feuille, elle tenait à peine sur ses pieds, ses jambes comme du coton !

Le temps de recouvrer la faculté de parler, elle lui serra si fort la main qu’elle crut un instant qu’elle allait lui briser les doigts. Mais elle ne put la lâcher pour autant, la pointe de l’œil attirée vers le bas.
Comment cela pouvait-il être possible en si peu de temps ! À quelle hauteur se trouvaient-ils ?
Son regard ne rencontra qu’un vide sans fond ! Tout ce qu’elle voyait n’était qu’un tunnel infini de branchages se perdant dans une lointaine noirceur.

Elle déglutit et reporta son attention sur Enseldrir, de peur d’en être aspirée.

Je…
…Je ne suis pas certaine que…
...que les Vala auraient la magnanimité de me donner une…
…une troisième chance de sitôt !


Zéphira a écrit:
Piom chur des cornes... !?!

L’halcamandrelle ne comprit pas de suite de quoi pouvait bien parler son amie, jusqu’au moment où l’animal baissa sa tête pour brouter une touffe d’herbe fraiche, obligeant les deux piomelles à se tenir à ses cornes, le cœur dans la gorge durant la descente.

Voilà ce qui élucidait le mystère de cette désagréable odeur musquée qui lui picotait les narines depuis leur arrivée.

Oui, tu as raison… que d’émotions, fit Zéphira tout en frisant légèrement le nez d’aversion.
Quant à remettre ça, cela ne devrait pas être si compliqué que ça en a l’air. Suffit de traquer et suivre les fragrances, je suppose !

Sa dernière bouchée de lembas se coinça dans sa gorge et faillit l’étrangler devant les performances physiques du couple d’acteurs impromptus.
Zéphira toussota incessamment jusqu’à ce que le morceau ne soit éjecté, lui permettant enfin de reprendre son souffle.
Puis elle se retourna les yeux tous ronds vers Malicia.

N’est-il pas interdit pour les piomelles d’utiliser la magie sur les géants !?!


Dernière édition par Eámanë Enialis le Jeu 22 Jan - 12:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Lun 30 Juin - 0:06

Les amants parvenus sur la plateforme habitable étaient soudainement silencieux. Leurs regards étaient comme des feux-follets dévorant que rien ne pouvait contenter que ce qu'ils leur semblaient encore interdit et qu'ils fuyaient aussitôt : un croisement direct et durable.

Tant de jours passés en méditation, la respiration calquée sur la lente danse des feuilles au gré d'un vent léger que l'ex-neuna ne trouva que dire pour meubler l'instant.
Parler de l'état de son campement ?
Ce serait certes un début.
Mais il se voyait déjà se perdre en d'inutiles justifications afin d'expliquer la ramification complexe qui l'avait conduit à un tel niveau de détails qu'il était vain de penser que son aimée le jugea encore sain d'esprit ensuite.
Surtout à la première vue du résultat…

Il avait bien perçu les hésitations de la demi-nis à son égard. Comment aurait-il pu imaginer qu'il en soit autrement ? Assassin qu'il était ! Son geste avait été précis, son acier dévastateur. Et au-delà de tout, son intension ; déterminée.

Lorsqu'elle manqua de défaillir, il se porta à ses cotés en une volte rapide. Une main était soudée à celle de la belle, l'autre se posa sur son plexus. Il sentit alors son souffle s'arrêter …. Puis finalement reprendre, à un rythme élevé. Ses lèvres susurrèrent à une oreille attentive :

Il n'y aura pas besoin de troisième chance, tant que je serais là – même en esprit – il sera de mon devoir de rappeler aux Vala que ta première chance n'en était pas vraiment une.


En l'instant, il éluda tout ce qui pouvait faire référence à la deuxième chance...

Lorsqu'on peut encore croire en l'avenir, notre destin est à notre niveau ou au dessus. Il sera toujours temps de regarder vers le bas lorsque les évènements nous y contraindront.
Il en est de même sur un arbre.


Les gestes mesurés de l'ex neuna désignaient cependant chaque développement dans une chorégraphie précise.


Dernière édition par Enseldrir Malaevoldû le Jeu 24 Juil - 7:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Jeu 24 Juil - 7:52

Protectrice, telle était la nature profonde et instinctive d'Enseldrir.
Envers Eldalië. Envers la Taurë. Envers elle.

C'était là sa qualité la plus engageante, qu'il exerçait constamment et de poigne ferme.
À ses yeux de vénusienne, c'était aussi la plus séduisante. Celle qui lui réchauffait l’âme et lui permettait de baisser ses gardes.
Le contact physique dont le nêr renouvelait ensuite fréquemment les occasions, batissaient immédiatement ces murs d’intimité qui les enfermaient dans leur monde à deux, les séparant de tout le reste.
Le besoin de se faire choyer ainsi stimulé, incitait l’archère à laisser affleurer librement la naturelle fragilité de sa féminité, à la recherche de la chaleur rassurante de son corps elfique parfait.

Mais l’amertume semblait envouter l’esprit d’Enseldrir, le poussant à renier l’importance cruciale de ses origines Kheyldariennes.
Était-il devenu subitement trop cynique pour se rendre compte que ce furent ces dernières à enclencher les évènements qui les menèrent à leur première rencontre? Rencontre qui n’aurait jamais eu lieu en d’autres circonstances. Sa première occasion, bien que chèrement payée, fut une aubaine!
Et son rôle en tant que Neuna fut crucial. Il devint tout simplement l’instrument fidèle et courageux des Divinités elfiques pour lui assurer cette nouvelle vie à laquelle elle finit par aspirer avec ferveur.
Trop personnellement impliqué peut-être, il semblait ne pas en être pleinement conscient.

Pourtant il lui fit offrande d’une nouvelle perle de sagesse tout aussi positive et débordante d’espoir que les précédentes, mais fortement contrastante avec le desordre qui les entouraient et qui en témoignait tout autrement.
Cette atmosphère d’abandon ne lui ressemblait pas, lui qui avait toujours été si maniacal quant au soin de ses affaires. Symptome et signal indiquant qu’il leur fallait absolument et avant tout trouver le moyen de guérir ensemble de leurs nouvelles séquelles emotionnelles et spirituelles. Latentes, elles entravaient visiblement l’harmonie exemplaire de leur relation.
Ensuite seulement, pourraient-ils affronter sereinement et en toute liberté la question concernant l’avenir, ...ainsi que ses propres prouesses de grimpettes médiocrement controlées.

Bien que savamment dissimulé, l’état de détresse d’Enseldrir était partiellement palpable à la sensibilité innée de l’archère. Assez pour qu’elle s’en soucie. Et elle savait qu’ill n’en tenait qu’à elle de le libérer des chaines dont il s’était lui-même lié, après s’être auto condamné de fautes qui n’étaient pas les siennes.  

De sa main libre, elle effleura le visage du nêr du bout des doigts. Tout premier geste volontaire à son encontre, manisfestant la tendresse dominante qui l’habitait toujours à son égard.
Le toucher fut si léger qu’il parut presque craintif, alors que son hésitation ne fut dictée cette fois que par des reliquats d’incredulité. Pour des raisons qu’elle préferrait ne pas approfondir, elle avait du mal à accepter l’ampleur des nombreux changements qui, depuis sa renaissance, se succédèrent trop rapidement pour lui permettre de les intégrer sans les repousser d’abord.
Dans ses yeux se reflétait la brillance d’un regard adorateur d’une séide envers son idole.

C’est toi harma, qui m’a enseigné à ne jamais questionner le dessin divin que les Vala nous ont réservé.
Mais vu qu’il le faut...

Ne se pourrait-il pas que mes origines Ithoriennes, sans lesquelles nos chemins ne se seraient probablement jamais croisés, aient été en quelque sorte leur don à la loyauté d’un Neuna dévoué ?
Une espèce de pacte tacite donnant-donnant.


La paume de la belle finit par trouver son repos sur la joue d’Enseldrir, profitant de la douceur de sa peau imberbe et satinée.

L’offrande d’une âme pour le partage d’une autre... et que vous venez chacun d’obtenir les parts.
Ma foi pour les uns...


Les pomettes déjà en feu, elle hésita par malaisance et manque de courage lorsqu’il lui fallait exprimer verbalement les sentiments les plus profonds qu'elle ressentait.
... et mon amour pour l’autre.

Comme il fut prévisible, elle baissa timidement ses pupilles un bref instant, le temps de revenir sur un terrain plus stable.

Te connaissant pour le nêr que tu es réellement, je pourrais facilement concevoir une telle éventualité.


Dernière édition par Eámanë Enialis le Jeu 24 Juil - 8:46, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Jeu 24 Juil - 7:58

Un contact d'une sensibilité infinie qui, de par sa force et sa signification, lui sembla trouver sa source dans les racines même de l'âme de la Taurë.
La trace brûlante des ses doigts gagna le cœur d'Enseldrir y laissant un sillage de chaleur apaisante et de cuisante douleur.
La chaleur de sa présence et de son amour ; Inespérée, dont il espérait de ne plus envisager de se détacher.  
La douleur du passé qui revenait sans cesse le torturer ; Redoutée, dont il craignait de ne plus pouvoir s'en échapper.

Lui qui avait tant de fois recherché le contact prolongé des yeux de la demi-nis se trouvait à présent en difficulté pour le maintenir. La force de la voix de son aimée l'y aida.

Son hypothèse était douce, sa main, un écrin. Il pencha légèrement sa tête qui épousa la forme de sa paume. Il ferma un instant ses yeux brillants, s'abandonnant complètement à l'instant comme il n'avait pu le faire en des mois de méditation en Taurë.

Alors que le sens de ses paroles parvenait à son esprit, la surprise le saisit : le nêr cessa de respirer et darda ses yeux sur ceux de la nis qui firent mine de s'échapper pour revenir illuminer son intérieur d'une énergie infinie. Le sourire d'Enseldrir en était le reflet et, devant le dernier compliment, il déclama :

Que la volonté des Vala sois faite en ce cas ! Et la tienne, Melda
!

Puis il changea soudainement de verbe et de registre ; Comme un barrage de feuille balayé par une crue de la saison de l'aube :

Maintenant que mes sens s'affolent de ta présence frémissante et bien vivante entre mes bras, je sens un autre vertige me gagner. Il est similaire à celui qu'on ressent lorsqu'on porte le regard vers une cime au bord du vide.


Ses mains progressèrent et sa voix se fit plus rauque.

Sais-tu qu'il est courant pour les elfes de penser qu'un arbre fait voyager dans le temps tantôt qu'on grimpe plus haut ou qu'on dévale ses ramifications ?


D'un soupir lourd le nêr resserra son étreinte sur son aimée.

Te souviens-tu de ces moments où nous regardions Isil de concert alors que nous étions éloignés de plusieurs lieues ?


Sa voix, exaltée, aurait été terrifiante pour qui ne le connaissait point.

Et bien, j'ignore toujours la nature profonde de ce qui nous a récemment séparé Melda, ni la distance que cela pouvait représenter pour ceux qui foulent Gaïa, mais je sais que Shadalielle est bienveillante…

Il se garda de préciser qu'un de ses suivants veillait probablement à leur destin.

… et qu'elle n'est pas si loin de nous à présent.


M'accompagneras-tu ce soir sur le chemin des cimes afin que nous unissions nos voix sur un cri de joie vers la Lunaire ?


Il se garda aussi de dire qu'il avait défié les Vala tant de fois qu'il en serait vain de tenter d'en établir le compte.
Hulmildiel qui avait présidé à leur chute, quand bien même Sa grande érudite leur fit autant de bien qu'elle le put dans la grandeur des méandres infinis du seigneur des secrets.
Laurykiel de part son soutien incompréhensible à un pouvoir dévoyé, quand bien même sa seule garantie lui valait d'être libre et encore vivant.
Vheylaniel, avait-il seulement apporté une parcelle de bonté ? Valar vain et toujours néfaste. N'en déplaise à Malicia.
Gaïaniel qui avait rejeté ce qui était évident par la voix de Sa grande prêtresse. Quand bien même elle les accueillit en Son temple.  
Eldhunielle, enfin. La traitresse suprême tant son clergé semblait corrompu, quand bien même elle présida ses recueillements et qu'après avoir rendu ses armes, il parvint à tenir éloigné les prédateurs de son territoire restreint par sa seule ruse. La souillure sera-t-elle lavée un jour ?
Shadalielle…  
Il n'avait rien à reprocher à la Déesse Argentée.  

Mais il n'était qu'un elfe mis à l'écart de son propre peuple.  Alors qu'importait son avis et ses malédictions ?

Maintenant, cela importait. Si les Vala lui avaient lancé un défi, il l'avait relevé pour un sixième, de justesse…
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Lun 4 Aoû - 7:49

Ils étaient donc deux à se sentir proie de vertiges, bien que ceux de la demi-nis avaient quelques raisons de plus d’être. Vision et odorat amplifiés, agilité insoupçonnée, et à présent la réceptivité physique de son corps aussi soudaine qu’intense dès que le nêr l’enlaça.
Elle ne se reconnaissait plus elle-même. Un peu moins chaque jours et la chose l’apeurait quelque peu.

Manipuler le temps… Quelle sublime utopie.
Mais l’esprit troublé par ses sens en sédition ne lui laissèrent pas vraiment assez de lucidité pour fantasmer sur tout ce qui aurait pu s’accomplir ou disparaître d’un don si puissant.
Moins encore pour lever le regard, tel qu’elle l’aurait fait instinctivement en situation plus ordinaire, à la recherche de l’astre nocturne en espérant d’en percevoir les reflets argentés au travers des fentes ramifiées de la canopée lorsqu'il en remémora le soutient moral.
Irrésistiblement affectée par le sourire ravageur d’Enseldrir face à son propre aveu, c’était dans la lueur des mille feux brillant au fond du regard du nêr qu’elle se perdit du sien.
À la fois envoûtée de sa voix et de ses propres souvenirs, elle n’eut la force que d’acquiescer d’un léger mouvement de tête.

Comment aurait-elle pu oublier.
Chaque séparation porta avec elle une sensation croissante de déchirement si pénible que Valkhyria finit par apprendre â redouter celle qui fut sa meilleure compagne de voyage avant de le connaître: la solitude.
En contrepartie, chacune de leurs retrouvailles se transforma en un hymne à leur joie de vivre et d’exister l’un pour l’autre.
À chaque médaille son propre revers. Shadalielle et Isil en furent les spectatrices privilégiées. L’expression de leur joie ne représentait à leur égard qu’une infime redevance. S’y soustraire, un délit d’ingratitude impardonnable. La réponse de la belle fut immédiate.

Sans hésitation !

Sans plus tarder, Enseldrir brisa leur étreinte pour l’entrainer sur la rampe extérieur de son refuge, d’où il bondit pour atterrir un peu plus loin en face. Il se retourna pour l’inviter à en faire autant. De ses propres forces.
Sans hésitation avait-elle prétendu...

Son regard indécis passa plusieurs fois du vide au visage de son aimé, sur lequel elle décida enfin de se concentrer pour se faire courage.
Sachant de par sa trajectoire qu’elle y serait parvenue avec aisance, il ne l’attendit pas et progressa.

Elle le suivait avec appréhension, alors qu'il passait à allure soutenue de branche en branche avec l'agilité d'un écureuil, la lune guidant et épousant chacun de ses mouvements de ses faibles rayons d'argent. Impossible pour Valkhyria de se lasser d'en admirer la grâce et la dextérité.
Le nêr se déplaçait tantôt en suspension, pour se laisser commodément glisser vers le bas et retomber en douceur sur les paliers naturels inférieurs que lui offraient les arbres les plus développés. Tantôt en traction, pour se hisser de par la force de ses épaules et de ses bras sur des passerelles artificielles construites pour faciliter la traversée de certains passages trop distants même pour un elfe.
Ces dernières leur donnaient à tout deux un peu de répit physique que l'archère ne dédaignait pas. Mais en forêt et à cette hauteur, ces sentiers flottants étaient loin d’être aussi nombreux qu'en ville.

Bien qu'il la devançait pour lui indiquer et lui ouvrir le chemin, Enseldrir ne s'éloignait jamais beaucoup, restant à portée de bond en cas d'un faux pas ou d'une glissade de l'archère.
Jamais non plus lui offrit-il son aide. Il s'assura par contre de choisir, lorsque possible, la voie la plus aisée pour elle, ce qui les forcèrent souvent à prendre de larges détours, prolongeant ainsi la durée de l'exercice.
Ce qui n'était pas plus mal aux yeux de l'elfe.

Petit à petit, l'assurance de la belle et son euphorie croissante vainquirent son anxiété. Ses muscles perdirent progressivement la rigidité alimentée par ses incertitudes et ses mouvements se firent lentement plus fluides. Ce n’était pas uniquement entre les frondaisons de la Taurë que la demi-nis se frayait passage, mais avant tout à la conquête de l’univers d’Enseldrir, auquel elle avait à présent plein accès.

De loin, partagé entre attendrissement et fierté, Gwerfaël se sentit inondé d’une joie nouvelle, réalisant subitement qu’il assistait aux premiers pas sylvestres autonomes de sa fille. Une joie paternelle qui lui fut niée sur terre ferme à onze mois de sa naissance. Il aurait tant aimé participer à son apprentissage, mais ce droit, ainsi que cette nuit ne lui appartenaient pas.
Ainsi, assuré de la solidité de leur couple, ce fut le cœur léger qu'il s'éclipsa discrètement dans le respect de l'intimité qui leur était due.

Conscient de la prise d’assurance de sa compagne, Enseldrir se laissa gagner par son enthousiasme et se fit taquin, disparaissant entre les fourrés pour lui couper abruptement l’avancée, lui faisant perdre intentionnellement l’équilibre, s’amusant à la rattraper par la taille et lui donner ses premières sensations acrobatiques.

Les cris de surprise et de protestations de la belle se transformèrent rapidement en manifestations de gaieté qui, une fois les frissons initiaux surmontés, brisèrent la quiétude de ce début de soirée. Ils résonnèrent jusqu'aux ouïes de son père qui, s'éloignant déjà, fit une brève halte pour se regorger de ce son cristallin qu'il n'entendait plus depuis des cycles. Il reprit son chemin à la recherche d'un abri pour la nuit, l'âme quelque peu nostalgique, mais le sourire aux lèvres pour tout ce dont il se priva.
Jusqu'à ce jour...


Dernière édition par Eámanë Enialis le Sam 28 Mar - 22:04, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Jeu 11 Sep - 0:13

La carapace du doute et des incertitudes était épaisse autour du cœur d'Enseldrir. Elle avait crû dès le premier jour de son forfait. Malgré les efforts effrénés du nêr, l'amertume et la rancœur l'avaient rendu pesante et inéluctable.
Son geste avait tracé une ligne de sang dans l'éther.
Il en héritait une lourde partie…
De faible résonance globale : une existence en regard de deux peuples entiers. Une existence pourtant tellement précieuse !
D'une signification lourde : à la hauteur du gouffre qui se révélait à leurs dirigeants respectifs. Entités qui se révèlent à présent culturellement tellement opposées. Comment pouvaient-ils seulement échanger quoique ce soit ?
D'un impact dévastateur à l'échelle d'un individu : la fin violente d'un être aimé !

Mais en deux mots, la belle en pourfendit la cuirasse. Son effondrement emporta un autre pan de ses craintes ; Pénultième rempart.

L'escalade n'était pas encore un trait marqué chez Eámanë : Les efforts de son aimée étaient incertains, tant qu'il lui sembla nécessaire d'en améliorer la maîtrise par quelques encouragements et passages forcés. L'esprit de la Taurë, apaisé sur son passage, était un changement qui, à lui seul, valait bien des trésors.
Leurs rires et plaisanteries se perdaient dans le silence de la nuit.

Soudain, au détour d'une ramure fournie, un vacarme assourdissant les accueillit au bord d'un vide profond, le tonnerre engendré par le battement de milliers d'ailes que les chauves-souris agitaient fébrilement sous l'effet de la panique. Les Fruits mûrs et abondants les avaient attirées là, deux perturbateurs les en chassaient.
Surpris, Eámanë et Enseldrir eurent un mouvement de recul. Le nêr saisit la belle à la taille et pivota sur lui-même, la protégeant ainsi entre le tronc et son corps. Le bouclier de chair fit son office contre la chute de deux grosses figues bien entamées et le frôlement de quelques ailes de cuir duveteux.
Leurs regards se croisèrent et ils éclatèrent de rire en se moquant de leur propre réaction. Le vol des chiroptères s'étiola dans la nuit laissant apparaître le spectacle des étoiles ainsi qu'un généreux quartier de lune.

Ils se tinrent là, sur la haute branche garnie de mousse sèche. L'ex-neuna enserra son aimée d'un bras et pointa une main vers Isil.

Mon cœur… est là bas depuis des mois.
Il ne pardonne rien ; ni a ma main qui depuis ne cesse de trembler. Ni à mon esprit qui s'est égaré pour son bien.
Mon âme hésite depuis….

Je ne savais pas la force de mon cœur.

Avec trahison des institutions… peut-être serais-je allé voir la mer.


Il ricana étrangement. Sa voix reprenant un rythme posé :

Mais j'ai convenu de rester ici.



Malicia a écrit:

Une chauve-souris mordait à belle dent sur un fruit juteux.
Malicia, perchée en position précaire se dandinait d'avant en arrière. Elle pencha son énorme tête et fit un petit bruit de bouche.

Mmm Bllp ! Je suis tentée…

Une petite voix non loin d'elle ponctua :

Alors là ! Même pas en rêve !

Se tournant à demi vers son interlocutrice, l'halutrus protesta en désignant sa cible des deux mains tendues.

Mais enfin, c'est vachement stable et sûr ! Toutes les stratitiks* le disent : rien de mieux que le vol de nuit pour les chauves-souris. De jour, c'est trop dangereux.

Alerté ou non par l'intensité de l'instant, le volatile s'éclipsa.

Rhaaaa ! Flute !



Un à un, les volatiles nocturnes revenaient à leurs agapes. Un regard pour s'assurer de l'innocuité des intrus et bien vite, leurs museaux plongeaient dans la pulpe chargée de sucre. Leurs mouvements singulièrement saccadés étaient presque hypnotiques.

D'une main, l'elfe parcourut l'espace de son visage. Il desserra son étreinte et tenta de calmer les doigts de sa dextre par un massage nerveux.

Dans quelle attente ? Je ne savais pas.

Une chauve-souris les frôla pour aller se régaler juste derrière eux. Geste stupéfiant de proximité et de confiance pour Valkhyria.
Enseldrir ne sembla en tenir aucun compte.

Puis te revoilà et tout devient clair à présent…

Il déglutit et finit par lâcher :

Me pardonnes-tu ? Aurais-je à nouveau ta confiance, melda ?

Il se tourna vers elle, son regard scrutait chacun de ses yeux par alternance avec une fréquence effrénée.

Une figue chuta, suivi par une onomatopée en spirale sous la forme de deux ailes surmontées de deux petits êtres en grande livrée :
"AAAAAAaaaaaAAAAaaaaAAAaaaAAaaAa…."


Malicia a écrit:



AAAAAAAA hhhh  ; C'est super cool ! J'ai une révélation : un transport de missive par "à l'air haut postale ! "
C'est pas parce que ça à l'air haut qu'on ne livre pas les plis !

Et même ; on fonce : tiens-moi les jambes !


Sans attendre de confirmation, la piomelle lâcha ses mains et se retourna les bras devant son visage, ses pouces et index formant des lunettes improvisées.  Heureusement son amie fit tout pour la maintenir sur le dos du chiroptère

 Vouinnnnnnnnnn !  Piouhhhhh !

Le transport se stabilisa soudainement par l'entremise d'une sollicitation probablement accidentelle. Son vol rectiligne fila à travers les branches  à pleine vitesse.

 Et hop ! Hue !

Une pluie de feuille plus abondante que prévue vint fouetter Malicia lui coupant la parole  

 Blpp blpp blpp blp !

Mais rétablissant son équilibre par on ne sait quel artifice, la petite messagère finit par prendre une oreille de sa monture dans chaque main pour parvenir à la faire gagner de l'altitude et à amorcer ne courbe parfaite.

Hyahouh !

Sa comparse, derrière elle, accrochée à quelques poils ne cessait de la maudire…

(*) Propos inconnu… Probablement une race de piomel non-encore découverte à ce jour.


Dernière édition par Enseldrir Malaevoldû le Sam 20 Sep - 8:16, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Dim 14 Sep - 8:38

Zéphira a écrit:
Il était désormais évident pour Zéphira que son amie avait une conception de la stabilité bien différente de la sienne!
Peut-être due au fait que de sa magie, elle pourrait fort bien se faire pousser des ailes si elle venait à ne plus vouloir s'en passer!
Mais ce n'était pas le cas pour elle. Et puis si les Vala avaient voulu les voir virevolter de la sorte, elles en auraient déjà. Simple et logique conclusion, que l'halutrus ne semblait pourtant pas partager...

Ce qui plus surprenait la petiote était la facilité avec laquelle une fois de plus Malicia l'avait entrainée dans cette mauvaise posture.
Et puis quelle idée saugrenue de vouloir se donner tant de mal lorsqu'on avait le don de se déplacer à la vitesse de la pensée. Que dire! Elle préférait livrer ses messages 'à l'ancienne'!

Un virage plus brusque et serré que d'autres, qui faillit lui faire lacher prise. Mais ce n'était pas là ce qui la tracassait le plus.
Et l'atterrissage?

MmmouaaaaaaaaaAAAAAAAAAAAAAAAAAA!!!

Ce fut à peine si elle eut le temps de se rendre compte de ce qui se passait lorsque Valkhyria se retrouva le dos contre l’écorce dure et profondément sillonnée de l’arbre les abritant.
Toutes les créatures de la Grande Foret se révélaient souvent de deux à trois fois plus grandes confrontées à leurs semblables populant les terres Ithoriennes! Sans parler des fruits qu’elles vit tomber sous son nez! L’émerveillement fut inévitable. Le divertissement assuré.

Les chauve-souris qu’ils dérangèrent de leur arrivée peu discrete ne firent pas exception.
Loin d’en avoir peur, Valkhyria ne put réfréner le cri de surprise instinctive qui alerta le reste de leurs congénères.
Elle redoutait juste qu’une d’elles ne vienne s’emméler les ailes et les pattes dans sa chevelure comme la toute première fois qu’elle fit leur rencontre, encore enfant. Elle abhorrait leur vol en saccade si imprévisible. Pourtant elle en admirait l’élégante beauté.

Puis rires et joie s’estompèrent, ainsi que le vacarme des mammifères ailés pour faire place à un calme presque oppressant en sa sérénité.
Enseldrir était en veine de confidences. Instants rares et précieux, mais qu’elle redoutait depuis les derniers évènements.

Il lui confia ses nouvelles faiblesses. Inacceptables pour un elfe macar si fier!
Ainsi que sa déception. Inouie envers ses propres régisseurs.

Bien que la demi-nis savait qu’il aurait abordé le sujet de la confiance à un moment donné, elle ne s’était certes pas attendue à ce qu’il le fasse dès les premières heures de leurs retrouvailles, ni sans préalablement l’y preparer tel qu’il avait généralement pour habitude de faire avec tact.
Une caractéristique toute elfique, et totalement opposée aux mœurs humains auxquelles elle était accoutumée que celle d’affronter les choses dès que possible.
Qualité qu’elle lui connaissait pourtant bien!

Réduite au silence par un bref instant de stupeur, il se prolongea en une analyse forcée des sentiments qu’elle avait volontairement repoussé jusque-là. A lui seul, il constituait probablement déjà une réponse muette aux doutes du nêr.

Il avait profité d’une activité ludique, la prenant au dépourvu et brisant inévitablement la magie du moment.
Son équilibre, pour elle psychologiquement encore trop précaire à partir de certaines hauteurs, ne lui permettait aucune possibilité d’échapatoire physique. Coincée entre un imposant tronc d’arbre et un tronc de chair, à sa façon tout aussi imposant et majestueux, elle se retrouva prise en piège, sous le regard vif et quasi coercitif du neuna.

Consciente qu’une réponse à sa question lui était due, Valkhyria ne parvint pas à masquer entièrement la détresse qui l’envahit avec la puissance d’un tsunami. Elle se reflettait dans la couleur de ses yeux et malgré elle, dans le timbre tendu de sa voix.
À la réplique qui effleura son esprit, une étrange sensation de déjà vu.

Te pardonner !?!
Enseldrir, je n’ai absolument aucune faute à te pardonner.


Des mots que l’achère lui avait déjà confié auparavant.
Mais bien avant qu’il ne soit forcé par les évènements à lever sa double lame contre elle

Mais...

La belle soupira en baissant le regard ailleurs. La sincéritè s’avérait toujours une qualité trop avide de courage.

…s’attendre à une confiance totale d’aussitôt serait profondément injuste et présomptueux.

L’avait-elle blessé? Probablement et il ne serait pas seul à en souffrir.
Avait-il compris? Sans doute, mais cela ne rendait pas les choses plus faciles de chaque coté pour autant.
Lui en voudrait-il? Question sur laquelle elle ne voulait pas s’attarder outre mesure.

D’une chose je suis certaine. Je ne me mêlerai plus jamais d’affaires d’État!
J’ai pris une decision aveuglée d’une telle ingénuité lorsque j’ai accepté la charge d’Ambassadrice pour compte de la Kheyldarie.


Un sourire de déception vint souligner l’amertume qu’elle exprima de quelques mouvements négatifs du chef.

Comment ne pas saisir cette opportunité qui me fut présentée sur un plat d’argent!
Après avoir découvert d’appartenir à deux races si différentes et si conflictuelles sous de si nombreux aspects, je me suis dit que l’on n'aurait pu me faire plus beau cadeau.


Le ton se fit sarcastique.

Quelle Utopie!
Je voyait déjà les portes d’Eldalië s’ouvrir en toute légalité devant moi, alors que les armes seraient baissées et rangées dans le respect de mes fonctions pacifiques.


Elle plongea son regard reluisant d’émotions dans celui du nêr.

Pour moi, ce n’était pas uniquement un moyen d’obtenir plus aisément une acceptation de ma requête de migration, mais aussi une merveilleuse occasion pour tenter de recoudre les deux parts entre lesquelles je me retrouvais subitement déchirée.

Un second soupir accompagna l’avachissement de ses muscles en cette posture commune au fautifs.

Dans mon arrogance, j’ai cru pouvoir faire la différence.
Peut-être sommes-nous simplement encore en train d’en payer le prix avant de pouvoir en récolter les fruits aigres-doux.


Elle s’approcha de l’elfe jusqu’a ce que leurs corps se frolent et fit glisser les paumes de ses mains sur son torse, où elles trouvèrent leur appui.

En fait, ce n’est pas toi dont j’ai peur Enseldrir, mais de ce sens innébranlable du devoir qui anime chacune de tes decisions jusqu’au plus petit de tes gestes, en accord avec une institution qui s’est révélée tout aussi faillible et corruptible que celle des atani.
Je suis la deuxième victime illustre du Peuple Elfique de ces trois derniers cycles… En leur défense, on peut au moins dire qu’ils ne tuent pas leurs hotes!


Le front de la belle se fit à deux doigts du sien, comme en attente.

Je plaide juste un peu de ta patience infinie.
J’ai besoin de temps harma, pour faire la part des choses et venir à terme avec mes propres craintes et ressentiments.


Elle sourit enfin.

Par la grâce et le bon vouloir des Vala, nous n’en manquerons plus!


Dernière édition par Eámanë Enialis le Jeu 22 Jan - 20:24, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Lun 22 Sep - 22:51

A sa première réponse, le nêr sentit un poids se retirer de ses épaules. Cependant devant le mot de la restriction qui suivit, certains muscles de son dos se contractèrent en un frisson des plus désagréables. La pause qu'elle faisait augmentait la valeur des mots qu'il attendait. Enseldrir les craignait pourtant…

Au lieu de la morsure aigüe qu'il attendait en retour de leur prononciation par sa voix, il ne ressentit rien…

Son visage refléta ce désarroi en un léger froncement de sourcil et un frémissement de narine, son regard ne sût camoufler la contraction soudaine de ses pupilles. L'univers entier lui sembla vide de tout… Ce pouvait-il qu'il en soit déjà là ?

Pourtant, l'animal en lui se contracta sous la blessure. Les battements de son cœur s'emballaient dans un rythme décousu. Sa raison reprit les commandes grâce aux principes de la l'Archère, comme une vieille mécanique qui grince et grogne mais qui fait toujours son office ; Déesse, elle ne savait pas à quel point il en était…

L'animal, lui, était préservé de tout ça, il lui avait tant servi ces derniers temps ; Sentinelle de son esprit…

Eámanë partagea une partie de son cœur avec lui, il l'accueillit tant qu'il put. Déjà lorsqu'elle parla de déchirure, un rictus se forma sur ses lèvres.
Des décors de papiers, trop d'institutions spectatrices par l'intermédiaire de leurs hauts représentants, et lui-même qui ne faisait rien de ce qu'il fallait.

'Nous', dit-elle, qui était ce 'nous' ?

Il avait attendu un appui, son espérance l'avait mis à découvert et maintenant qu'elle était déçue, il ne parvenait pas à s'en remettre. Des mois de solitude à se préserver de la folie… La colère gronda en lui, déferlante qu'il connaissait bien et dont rien ne filtra car déjà la rémission le gagna.

La belle le toucha. Son contact était brûlant, ses mains un foyer apaisant. Les battements de sa poitrine se calmèrent aussitôt. De quel sort était-il la victime ? D'un charme qui venait à son secours…

Il ferma les yeux et s'emplit de cette force. Les mots de son aimée heurtèrent ses oreilles avec la note de la vérité et la force de l'amertume de sa propre déception.

Devant son sourire, il rit. Sans pouvoir se retenir, un rire étouffé tout aussi triste que des sanglots qui mourut soudainement.

Ma patience ? Si tu souhaites ma patience, il te faudra te tenir loin de moi à jamais car le temps creuse le nid de mon insanité.

Un rictus sans aucune retenue frappa son visage, grimace effrayante de sincérité.

Le temps… il est, hélas, la chose qui nous fait défaut.
Depuis que tu es apparue, je l'ai dilapidé tout en le sachant précieux. Ce serait à refaire qu'il en serait de même, encore et encore.

A mesure qu'il en faisait le récit, son attitude changea, le nêr sembla apaisé.

Tu as raison d'avoir peur de quelque chose, mais ce n'est ni de moi ni du sens de mon devoir dont il faut te prémunir. Car je suis à toi et mon devoir est à mon peuple. Les institutions ne sont plus grand-chose à mes yeux.
Des yeux qui voient tant de choses…Des choses qui ne sont pas.


Une forme sombre dans la nuit. Un reflet de lumière qui semble aussi puissant qu'un éclair un soir d'été.
Rien ne prédisposait cette journée à devenir une telle malédiction.
Aucun élément de météorologie : la matinée avait été douce, tel un lendemain de pluie voué à de meilleurs hospices.
Aucune nouvelle maudite : les oiseaux de mauvaise augure qu'étaient les Piomels des institutions restaient muets et donc – pour une fois - bienveillants.
Aucun prédateur n'avait osé franchir le territoire interdit depuis qu'Enseldrir avait consciencieusement utilisé les marquages des uns pour écarter les autres.
Enfin, aucun membre sensé d'Eldalië n'avait bravé l'interdit des cultes pour se rendre dans l'antre du paria.
Aucun… ou presque, hélas !
La frontière entre le bonheur et l'horreur était tellement réduite dans l'esprit à la dérive d'un exclu d'Eldalië que l'ex-neuna de la Macari Formenya n'en gardait qu'une trace volubile dans son esprit : De l'éclat d'une lame, d'une lute de corps, d'un craquement sinistre et de l'œil éteint d'un ami il ne restait qu'un brouillard incertain.

J'ai…

La peine soulevait son torse, il semblait à bout de souffle.

Valkhyria…

Le nêr chancela, ses poumons cherchaient de l'air sans en trouver pendant quelques courtes respirations. Ses poings se fermèrent, l'un d'eux heurta le tronc avec violence.
Son visage se releva lentement pour faire face à celui de son aimée. Des trainées de larmes le parcouraient déjà ; il déclara sans émotion aucune, dans un contrôle total :

Vorondil… J'ai tué Vorondil.

Ses mains enfermèrent son visage.

Je ne sais même pas ce que son corps est devenu.
Ils l'ont emporté. Les Macari, les adeptes d'Elduniel. Qu'en sais-je ?
Je ne lui pas dit adieu. Ni merci.
Il aurait pu me tuer si facilement.
Si facilement…

Son visage émergea à nouveau des ses palmes. Au passage il essuya machinalement ce qui ne devait pas transparaitre.

Qu'ils soient maudits ! Des lanceurs de sorts dont je ne sais que peu, ni de quel culte ou institutions ils sont issus ni quand et où ils arrivent à percer mes défenses.
La seule certitude, c'est qu'ils cherchent à me faire perdre la raison.
Et qu'ils en sont de plus en plus proches.


Il darda son regard sur Eámanë.

Même toi, ils ont tenté de t'utiliser. Mais jamais ils n'ont produit une image claire ou un son crédible. C'est ainsi que je les ai démasqué la première fois…. Et les suivantes.
Sache que je te crois près de moi à présent. Pour de bon !


Il leva les yeux vers les cieux, ignorant au passage les chauves-souris qui dégustaient leurs mets à pleines dents en scrutant de temps en temps leurs hôtes imposés. D'un air concentré il poursuivit :

Les Laurykielithes ne sont probablement pas impliqués eut égard à ce qu'ils défendent.
Les Hulmildielithes auraient généré une illusion parfaite, il en est de même pour les Gaïanielithes…Rhhaaa… même ça…


Il secoua sa tête, et haussa le ton.

Je contrôle mon eau et ma nourriture, tends des pièges sonores, patrouille…

D'une poigne trop ferme, il saisit un bras de la nis.

Il ne faut pas que tu sois près de moi cette nuit.

Son regard perdu chercha autour d'eux.

Comment te tenir à l'écart de manière sûre ?

Son regard soudain effrayé.

Je ne peux pas envoyer de missives sans mettre en danger la macari ou tout autre organisme qui nous viendrait en aide. Je pensais pouvoir les décourager tant qu'ils essayaient de s'en prendre à mon esprit. Mais à présent que tu es là…

Il était à bout de souffle, dans un état pitoyable. Soudainement, il lâcha le bras de Valkhyria. Sa main esquissa un vague geste d'apaisement. Son sourire et son regard cependant possédaient une fièvre inattendue :

A présent que tu es là, ils ne peuvent le savoir… et…
Ils ne peuvent le savoir…
Ma folie… je ne sais pas quand elle me prendra. En sommeil certainement.
La haine … ou quoique ce soit… par Elduniel sera contrôlée.


Un regard dardant se posa à nouveau sur la nis :

Ils ne peuvent le savoir… pas encore…


Malicia a écrit:

Loin de penser un instant à un quelconque arbrissage, le pauvre animal tentait de se débarrasser de ses fardeaux piaillant. Le chiroptère n'arrivait à rien en gesticulant. Ses passagères clandestines ne semblaient représenter aucune menace directe… si ce n'était cette traction insistante sur une de ses oreilles sensibles !
Son cri se réfléchit des millions de fois tout autour et il sût alors quelle était sa voie de salut.
Une volte à senestre puis, vite, une autre verticale et en quelques efforts soutenus le voici revenu à hauteur de festin. De toute la puissance des ses ailes, il frôla le tronc puis les branches allant jusqu'à se faire tout petit pour passer par l'espace restreint d'une fourche…

Emportée par la rudesse des virages et à la limite du voile noir, l'Halutrus laissa échapper un filet de bave de sa bouche distendue.

Baraaff !
C'est encore pire en montée finalement ! Quand on est pas aux commandes, ça reste vraiment pas confortable.


Le véhicule vivant passait près d'une ramure à la vitesse du vent.

Bon, je crois que c'est mon arrêt.

Un bref signe vers l'Halkamandrelle, et Malicia se mit debout tout naturellement. En quelques pas mesurés, elle fut proche de la tête de la chauve-souris comme arrêtée en pleine action.

Merci pour la ballade et tout ça. Mais tu es vraiment trop imprévisible comme collaborateur. Tu fais un peu n'importe quoi en fait. C'est rigolo pendant un temps, mais il faut comprendre, nous, on est des professionnelles. Des vraies. Alors je vais devoir mettre fin à notre collaboration. Sans rancune, hein ?

Elle lui fit un bisou appuyé sur le nez.

Aller, à la prochaine.
Tu viens Zéphira ? On descend à cette branche.


Le mouvement du chiroptère semblait figé dans le temps. Placé à quelques millimètres de l'arbre qu'il frôlait à grande vitesse, il était pourtant aussi immobile que le végétal pour une piomelle standard.

Une truffe soudainement mouillée, et une vrille irréversible. Les amies débarquées soudainement, le projectile vivant se trouva déséquilibré au-delà du possiblement gérable. Sans pouvoir se ralentir suffisamment, il percuta un bloc de feuilles et de fruits ainsi que deux de ses congénères qui protestèrent vivement en tournoyant de dépit.

La pauvre chauve-souris échoua sur une grosse branche qu'elle accueillit avec bonheur. Elle se suspendit et commença une toilette nécessaire…et sucrée à l'ombre de deux grandes ombres qui faisaŒ`Ð>Qethan se retire de Jenna et fait sucer Kayden

"Viens Jenna, sucez moi comme des putes je vais vous asperger de sperme"es là. Encore. Heu… on se disait que vous alliez certainement avoir besoin de nous… Enfin d'elle.

Elle désigna un point plus loin avant de reprendre une chorégraphie étudiée :

Parce que moi, je suis punie, gnagnagna je ne sais plus quoi. Et scrogneugneu y a plus de Lembas grillé, je sais !

Un regard plein d'espérance :

A moins que ce soit finit ces histoires ?

Devant le visage peu engageant de son géant, elle se renfrogna de plus belle :

Et c'est pas fini, et gnagnagna pas le droit et scrogneugneu y plus rien ! Pfff…

Son regard se porta plus bas et brilla un bref instant. En dessous deux pupilles écarquillées n'osaient esquisser le moindre mouvement.

Le cœur battant à un rythme déjà trop élevé, le chiroptère venait de lâcher prise, il attendit longtemps avant d'ouvrir ses ailes et de freiner sa descendre infernale dans les amas de feuilles.

Malica fit un signe de dédain de la main tout autant destiné à Enseldrir qu'à son ancien véhicule. Elle tourna le dos et zouffa.
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Sam 29 Nov - 0:31

Enseldrir avait-il entendu et compris les argumentations qu'elle venait d'exprimer?
Le contrôle émotionnel des elfes restait encore une caractéristique extrêmement déstabilisante pour celle qui était née et avait grandi parmi les atani. Un trait distinctif auquel, par abnégation, il lui serait difficile de s’habituer.
Comment s’adapter aux situations qui se présentaient à elle si le nêr lui permettait rarement de pouvoir déchiffrer ses états d’âme pour discerner ce dont il nécessitait!
Avait-il besoin de compréhension et de douceur pour puiser en elle le support moral qu’elle venait en partie de lui nier? Ou souhaitait-il recouvrer sa force et son autorité par le biais de subtiles provocations, cherchant le conflit?

L’espace d’un bref instant, elle crut toucher et vaincre la mansuétude de son âme troublée. Mais celle-ci lui échappa aussi rapidement qu’elle se manifesta, allant se réfugier sous un bouclier d’amertume et d’autres sentiments si éloignés de ceux qu’elle lui connaissait.

Une fois de plus, elle avait du mal à comprendre ce qu’il tentait de lui dire, alors qu’il s’exprimait par énigmes enchevêtrées, laissant champ libre à tout genre d’équivoque.

Au fil de ses mots, les émotions de l’archère déferlèrent comme à leur habitude.
Elle n’avait aucun mal à imaginer les tortures morales et spirituelles qui affligèrent le neuna après le geste ultime auquel il fut inévitablement poussé. Elle même en serait déjà devenue folle si les parts avaient été inversées.
Mais pas lui. Pas encore du moins, s’il gardait assez de lucidité pour se remettre en question.

Alors qu'il semblait enfin s'ouvrir à elle, la respiration d'Enseldrir se fit plus rapide et saccadée.
Son corps parut vaciller sous le poids d’un malaise soudain.
Désemparée, elle sursauta, écarquillant deux grands yeux ronds d’effarement lorsqu’elle entendit son poing s’écraser contre l’écorce du tronc auquel elle était adossée après lui avoir frôler le bras.
Son visage perdit tout son sang sous le nouvel aveu du nêr: Enseldrir, un assassin!?!

Une demi-douzaine de questions et suppositions se bousculaient déjà dans l’esprit de la demi nis, lorsqu'une lueur de discernement se fraya finalement passage pendant que le macar se débarrassait enfin d'une partie du venin qui lui empoisonnait l'esprit.
La magie! Pour certains un don, pour d’autres, de viles connaissances imméritées et utilisées par les plus lâches.
Pas étonnant qu’il l’accueillit avec une certaine méfiance et incrédulité, malgré le crédo théologique.

Elle ne broncha pas sous l’étreinte de ses doigts autour de son bras, se limitant à plisser le front alors qu’il ne semblait pas conscient de leur force.
Elle redressa sa posture, s’efforçant de dissimuler la crainte qu’il puisse se retourner contre elle sous l’influence d’un nouveau sortilège.
Puis elle se raidit et sentit la colère froide et sourde réchauffer ses veines et surmonter toute autre émotion, alors qu’il se demandait sans se préoccuper de son opinion, que faire pour l’éloigner.
Après tout ce qu’ils avaient enduré pour rester ensemble!

Mais le désarroi qu’il manifesta ensuite quant aux dangers les menaçant fut telle, que la marée se retira aussitôt. Ceci dit, elle ne voyait que deux solutions possibles pour le soustraire du gouffre qui se refermait autour de lui et opta pour la plus directe.
Ce fut à mâchoires serrées qu’elle prit parole.

Je ne suis plus ni une ambassadrice en besoin d'escorte, ni une keldarienne en detresse. Je ne suis donc plus soumise à tes ordres!

Son indice venant se planter fermement à plusieurs reprises contre son torse

Et je n’ai pas passé deux cycles à tes cotés entre le paradis et les enfers pour que tu puisses ensuite disposer de moi comme bon il te semble, peu importe la noblesse de tes décisions.

Elle attendit que sa propre respiration ne se calme avant d'ajouter:

Si comme tu le prétends, je suis l’unique brin de réalité auquel tu puisses t’accrocher, alors raison de plus pour moi de rester et faire en sorte de séparer pour toi le faux du vrai.

Elle soupira envahie d’une docilité amoureuse à laquelle elle ne pouvait se soustraire devant son expression et qui vint adoucir chaque trait de son visage.
Elle s’empara avec tendresse des mains de l’elfe qu’il avait laissé retomber le long de son corps et les serra dans les siennes.

Si mettre ta double-lame au service de la défense du territoire elfique, ainsi qu’au service d’une justice impartiale et incorruptible est synonyme de perte de temps... Alors tu as raison, tu l’as dilapidé.
Si recouvrer une enfant perdue d’Eldalië pour la rendre aux Valar est aussi synonyme de perte de temps... Alors oui, tu as encore raison, tu l’as bien dilapidé.


La douceur de son regard s'éclaira d'un sourire timide.

Si ensuite tenter tant bien que mal d’enseigner à cette même enfant les valeurs millénaires de ce peuple extraordinaire qu’est le tien, pour qu’elle puisse reprendre sa juste place au sein de celui-ci est une perte de temps... alors une fois de plus, tu as raison. Tu l’as indéniablement dilapidé.

Elle fit traction de ses bras, pour rapprocher mesurément leurs corps.

Mis à part Gwerfaël, Terendul et toi êtes les seuls à connaitre mon identité et à savoir de mon retour.

La demi nis vint caresser la joue du ner de la sienne.

C’est un avantage non négligeable. ...D'autant plus qu'aucune restriction ne s’applique à ma correspondance.

Sa voix se fit murmure, son timbre teinté d'expérience personnelle. Si hypnotique et si délicat qu’Enseldrir dut lui accorder toute son attention.

La solitude est un chemin cruel Harmanya...
Pour survivre en Kheyldarie, j’ai appris à vivre comme une ombre dans la nuit, à peine visible sous les reflets lunaires selon ses phases.
Je saurai en faire autant et m'effacer en Taurë tant qu'il le sera nécessaire s'il le faut.


Elle éloigna son visage pour plonger son regard pétillant d'assurance et de confiance dans le sien, un sourire naissant en coin de lèvre.

De plus, je connais qui pourra nous aider à nous en sortir...


Dernière édition par Eámanë Enialis le Lun 29 Déc - 20:50, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Ven 12 Déc - 0:52

Elduniel ne le soutenait plus. Il n'avait su convaincre son aimée par le verbe ou l'intonation de sa voix.

L'index de la nis laissa des impacts de braise sur son torse, d'autant plus qu'il craignait d'entendre les paroles qu'elle prononça.
Cependant, la rébellion de la belle avait quelque chose de magnifique qui luisait comme un phare dans la noirceur de ses idées. Mais son cœur se glaçait de terreur à ce qu'il pouvait lui arriver, à ce qu'il craignait de lui faire de ses propres mains sans que sa volonté ne dirige plus rien.

Il ferma ses yeux. Shadalielle !  Quand t'ai-je manqué de respect ou d'abnégation ?
Le nêr garda pour lui la réplique qu'il s'apprêtait à faire ; Eámanë : Valkhyria, Ambassadrice ou Kheyldarienne, je n'ai pas su te protéger.
Il n'avait tellement pas su protéger sa dernière incarnation qu'il en était devenu son assassin.
Il avait fait un choix terrible pour lui éviter la torture et une mort horrible.
Une embuscade en dehors de la Taurë était envisageable. Il avait repéré le terrain jadis c'était faisable.
C'est lui qui l'avait tuée et là il risquait de le faire encore. Sans s'en rendre compte mais était-ce mieux ?

L'ex-neuna secoua sa tète… voilà ça recommençait déjà. Ces voix qui mettaient en doute ses jugements passés et à venir.

--------Loin plus au sud, une cérémonie avait lieu.-------

La lueur d'un feu se reflétait sur les pans d'une tente de peaux.
Partout des mobiles constitues de plumes et d'écailles, de verre et de métal tournoient et jettent leurs motifs autour des silhouettes qui se découpent sur la surface peinte de motifs elfiques.
Noir mouvant se mêlant au noir statique, l'un et l'autre semblant coller l'un à l'autre, s'étirer, puis se relâcher.
Au dessus du feu, une branche garnie de feuilles sèches pend soumise aux flammes avides.
La brume qui s'en échappe entoure une grosse gemme suspendue un cran au dessus. Les volutes cotonneuses caressaient la surface cristalline. Gris mat contre blanc et noir brillants dans un ballet incessant où soudainement, les courbes immatérielles des unes franchissaient les facettes de l'autre.
Trois paires de mains se tendent, agrippent, nouent, emberlificotent, et chargent d'énergie sombre les cordes de fumée que les feuilles rejettent.
Des chants et prières ponctuent chaque acte. Voix rauques et haut perchées, discordantes au possible.
Après quelques minutes, un des intervenants bascule de sa position en tailleur, couché sur le flanc, les jambes endolories, il rampe précipitamment sur les planches du sol et regagne l'air frais du dehors.
Là, hors de la moiteur de l'espace confiné, il a à peine le temps de goûter à l'air pur de l'extérieur qu'il convulse et vomit violement.
Ses plaintes viennent troubler le front de ses acolytes restés près du foyer.

Le torse nu garnit de tatouages et luisant de sueur fait ressortir la maigreur de l'un. Sous un lien de cuir tressé qui lui retient ses cheveux d'argent, son regard bleu pâle se darde sur le visage du dernier.
Il dit d'un ton cassant, ses lèvres recouvrant peu l'ivoire de ses dents et ses muscles jaillissants sous l'effet de la tension :

Il est trop faible. Tellement que j'ai presque envie de le tuer sur le champ de mes propres mains.

Son interlocuteur ne le regarde pas. De ses doigts dépassant de sa toge noire, il décroche la branche quasiment consumée et la laisse choir dans les braises. La pluie incandescente qui se forme autour de ses manches ne parait pas lui importer.
Une voix féminine s'élève. Cristalline, douce et ferme à la fois.

Beör, nous reprenons, si vous le voulez bien.

Les boucles d'argent sous la capuche noire se tournent vers le nêr à demi-exposé.

Je… je… Un poignet tremblant essuie une bouche que toute morgue a quittée. J'arrive.

Au dehors, une nis de garde fait quelques bonds lestes et se présente en un signe de révérence au regard de celui auquel elle d'adresse.

Seigneur ? Puis-je vous assister ?

Alors qu'il se mouche dans l'air, celui-ci semble surpris. D'un geste réflexe il balaye la proposition.

Non. Disparaît !

Puis il clame :

Si. Viens !

Il lui arrache presque sa gourde sans attendre de résistance.

Maintenant va-t-en !

Pendant qu'il se rince abondamment, la nis à la toge noire place une nouvelle branche au dessus des flammes.
Le torse luisant souffle et gronde :
Il n'a pas sa place parmi nous, il faut qu'on nous envoie un remplaçant sinon cette mission risque d'échouer !

Un œil d'une couleur noisette daigne l'effleurer de son velours.

Il a la puissance, vous apportez la force, je m'efforce d'être subtile. Mais si vous ne vous contrôlez pas mieux, je vais devoir procéder à votre remplacement, tout ainé que vous êtes. Me fais-je bien comprendre ?

Leur équipe avait bien fonctionné dans l'ensemble mais maintenant que la pression du temps se faisait plus forte, leur unité chancelait. Il leur fallait connaître leur cible. C'était son cas à elle et à Beör. Quand au troisième, celui qui devait constituer la colonne vertébrale du groupe, il ne cessait de laisser son égo passer devant. Elle perdait le contrôle et Beör se prenait un retour qu'il ne pouvait pas supporter.

Le regard de glace qui lui répondit laissait filtrer une menace physique. 'Typique' pensa-t-elle. La goute de sueur qui perla un instant devant l'iris de son vis-à-vis eut le temps de tomber avant qu'il ne réponde :

Aiya Luinil, je suivrais vos instructions, vous le savez et je sais notre mission importante et qu'aucun de nous ne saurait être remplacé maintenant. Mais le temps presse.

Le troisième acolyte regagnait sa place.

Il est regrettable que nous n'ayons pu trouver d'autre moyen de mettre un terme à ce cas !


Luinil croisa le regard de Beör

Oui, c'est regrettable. La tâche est dure mais nous y arriverons. Nous ne devons pas douter du bien fondé de notre mission.

Le troisième eut un petit rire.
Beör coupa court :

Reprenons.

Les mains se tendirent à nouveau, la fumée semblait plus dense, son chemin moins incertain, sa vitesse accélérée.

--------------------------------------------------

La nis prit ses mains dans les siennes. Son contact était une douleur et un baume ; il avait du mal à le supporter, il ne pouvait se résoudre à s'en passer.
Par ce geste, elle lui transmettait sa force et son amour. La violence de ces émotions le submergea Enseldrir hoqueta, un souffle fit apparaître un rictus qu'il s'efforça de faire disparaître, son regard intense  passant d'un oeil de la belle à l'autre en une quête insatiable de soutien et de tendresse.
A présent, il ne parviendrait plus à l’écarter de lui. Si la nécessité s’imposait encore en toute logique, il n’en avait plus la volonté.

Alors que la belle déroulait sa démonstration, il se laissa porter par sa voix. Puis la signification de ses paroles parvint à percer le brouillard hypnotique qui s’installait. Le manège de son regard hésitant à fixer un œil de la nis puis l’autre reprit de plus belle.
Il ne s’était pas exprimé clairement ! En était-il ainsi sur tout ce qu’il avait dit ce soir ? Un bourdonnement monta comme issu de des propres oreilles, son encombrant et inébranlable, comme issu de son squelette.
Sa bouche s’ouvrit sur un démentit, pour dire qu’il avait voulu désigner le temps passé ensemble aujourd’hui alors qu’elle devait s’éloigner de lui, qu’ils auraient pu parler avant… mais l’expression en son aimée changea et il y renonça. Par un simple geste, Eámanë lui redonnait une énergie vitale insoupçonnable.
Le bruit reflua, sans totalement disparaître.
Elle l’attira à elle, l’effleura de sa joue dit quelque chose, des noms… Son parfum l’envoûta et il gonfla ses poumons de ces effluves magiques. En cet instant, rien n'était plus important.

Puis elle chuchota des sons qui ressemblaient au chuintement des feuilles à l’automne, au doux clapotis d’une source émergente, au susurrement d’une pluie de printemps. Tous les sens du quendë s'ouvraient à la perception du présent.  
Le bourdonnement dans ses oreilles avait disparu.

Enfin, ses iris l’attirèrent, il s’y noya l’espace d’un fragment d’éternité.
Le nêr cilla et sembla comprendre pour la première fois le sens de ses dernières paroles.

Oh Melda !
Tu as raison, Même sans toutes ces raisons. J'ai tellement besoin de toi !


Il n'osait la prendre dans ses bras, mais il porta une de ses mains à ses lèvres. En l'embrasant, il ne la quitta pas du regard. Si seulement il n'avait pas la crainte de l'effaroucher…
Ses yeux s'écarquillèrent de compréhension soudaine. Il rebaissa son bras et serra un peu les doigts de son aimée.

Eámanë, j’espère que Gwerfaël ne compte pas te rejoindre ici !
Et si c’est le cas tu ferais bien de l’en dissuader.

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Eámanë Enialis
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Lun 5 Jan - 0:49

S’il était possible d’arrêter le temps pour lui voler ne serait-ce que quelques minutes et les figer à jamais, elle aurait choisi cet instant supplémentaire qui, à défaut de pouvoir se laisser saisir, resterait profondément gravé en elle, parmi d’autres tout aussi inestimables que le nêr lui offrit au fil des saisons qui les unirent.

Son geste ressemblait totalement au Neuna. Mais il contrastait tellement avec son regard.
Chaste, élégant et contrôlé, il ne pouvait dissimuler la voracité passionnelle qui embrasait la couleur mordorée de ses yeux d’une lueur qui n’avait rien d’aussi anodin.
Un regard Eldhuniellite qui ne mentait pas et trouva presqu’aussitôt son reflet épidémique dans celui de l’archère.

L’aveu du macar n’en fut que plus précieux et balaya de quelques mots chargés d’émotion toutes les craintes qui s’insinuèrent en elle dès son réveil au temple! Rien, absolument rien n’était plus important que de se sentir utile, presque indispensable à l’être cher pour pouvoir s’épanouir sous l’aile des sentiments partagés.

Fascination et attraction étaient restées intactes entre eux, sans aucun doute.
Tout aussi puissantes que fragiles…
Le charme tomba brutalement et cessa toute influence sur la belle dès que le nom de son père trouva passage entre les lèvres d’Enseldrir.

Gwerfaël !?! Non, pour autant que j’en sache !

J’avoue avoir pensé à lui entre d’autres, mais non pas pour se joindre à nous.
Il a servi au sein de l’Ost Kheydarienne durant de longues années, bien avant de connaitre ma mère.
Il y a tissé d’importantes relations qu’il a, j’en suis certaine, pris soin de cultiver.

C’est plutôt sur les informations qu’il pourra nous apporter depuis Gardebreuil que je compte.
Le Cardinal y a pris sa résidence principale et y passe la majorité de son temps, loin du chaos de la capitale.


Son regard se durcit et pivota vers le nord sur un point imprécis avant de se détourner ailleurs avec dégout.

La loyauté versatile des atani kheydariens s’achète facilement.
Quelques pièces d’or suffisent lorsque celle-ci s’impose par la peur et le chantage plutôt que par l’idéologie et l’engouement.


Un sourire qui aurait pu se définir haineux se dessina sur son visage.

J’ai bien sûr perdu tout accès aux archives diplomatiques et au livre sacré Kheyldarien dès le moment où j’ai été répudiée par le Cardinal et dépouillée de mes fonctions.
Je savais que cela serait arrivé un jour ou l’autre, juste… pas si rapidement et pas de manière si sournoise.


Son expression s’illumina de pure satisfaction.
Elle chercha de sa main sa sacoche et ne trouva que le vide le long de sa hanche. Puis le souvenir de s’en être débarrassé sur le plancher de la plateforme pour reprendre son souffle avant de pénétrer dans l’antre elfique. Peu importait…
Elle se reprit du bref ahurissement, retrouvant son air de triomphe.

Ce qu’ils ne savent pas encore, c’est qu’en prévision de tout cela, j’ai commencé à retranscrire les courriers et les documents les plus importants. Sauvegarder les noms et les charges des personnes les plus influentes. Bref, j’en ai assez entre les mains pour faire trembler la Kheyldarie si l’on m’y pousse !!!

Toujours piégée entre le corps d’Enseldrir et le tronc, la belle finit par se relaxer et s’appuyer des épaules de tout son poids contre ce dernier, le regard lointain et pensif.

Il y a aussi cet ambassadeur avec lequel j’avais commencé à correspondre pour la rédaction du code Universel elfique à remettre à l’ambassade Ithorienne.

Elle laissa s’échapper un rictus sonore.

Celui qui aurait dû me sauver des griffes du Grand Prêtre Eldhunnielithe selon ses lois établies et signées entre les deux Royaumes.
Tu le connais peut être toi aussi. Il s’agit de l’ambassadeur Undoniel.
Quelque chose me dit que nous pourrions trouver un appui valable en lui. Un elfe très réfléchi et impartial, pour le peu que j’ai pu comprendre des lignes échangées.


Puis il reste notre atout majeur Harmanya : Herin !
Je crois comprendre que les intrigues la stimulent !


Son sourire s’élargit.

Elle ne sera pas déçue.

Puis elle se redressa, comme si elle venait de s’apercevoir d’avoir oublié autre chose.

Mais… pourquoi cette préoccupation de ta part à propos de Gwerfaël ?
S’est-il passé quelque chose ? Est-il en danger lui aussi ?


Dernière édition par Eámanë Enialis le Jeu 22 Jan - 1:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Jeu 22 Jan - 0:45

Le soulagement de savoir une autre victime potentielle à l'abri de la vindicte des puissants le disputa à l'instinct du stratège qu'il croyait éteint en lui.
Gardebreuil.
Un Souvenir des plus marquants de sa formation de Macar.
Une désillusion cuisante quelques années plus tard.
Il avait peine à imaginer la population d'une cité si ouverte sur l'étranger retourner sous un joug pesant décérébré et sanguinaire.
Etait-ce une constante de ces temps ? La Taurë elle-même se retrouvait sous de bien sombres nuages qui appelleraient la foudre.

Vint alors une autre évocation par la voix de sa douce. L'or… si précieux pour les atani. Pour quelle raison ? Il n'en avait vu que très peu en dehors du territoire d'Eldalië. Pour quelle raison le cachaient-ils ? Encore tant de questions…

Eámanë échafauda un ensemble d'intrigues possibles issues de sa besace. Les changements d'expression de son visage sous la lumière ténue définirent un tableau que sa conscience amoureuse s'enorgueillit d'emplir de couleur.

Une pause lascive et une lueur perla dans le regard d'Enseldrir.
Les Vala étaient probablement descendus sur les branches de cette partie du domaine, leur magie opérait à merveille.

Le propos de son aimée conduisit à des machinations qui ne pouvaient pas fonctionner.
L'une, l'autre… l'ultime.
Une réaction ne pouvait plus attendre :

Ton père n'est pas impliqué pour autant que je sache. Rassures-toi.
Melda…


Il prit sa mèche rebelle qu'il hésita à mettre de coté avant de la laisser en place en souriant.

Melda, Terendul a dû te renseigner : il n'y a aucun membre d'Eldalië qui puisse entrer en contact avec moi sans risquer la foudre du grand conseil. De plus, il est de mon devoir de prévenir quiconque tente de le faire des risques qu'il encourt, et ce, jusqu'à la fin de mon procès.
La Grande Erudite d'Elduniel plus encore que les autres.


Il frissonna en pensant aux intrigues que l'ancienne pouvait tisser dans leur ombre sans que rien ne puisse la détourner d'un objectif à portée de ses ongles effilés, dussent-ils finir sur un bûcher Kheyldarien ou sous les morsures des larves de guêpes des monts de l'est.

Et si jamais elle tente de le faire, alors, je ne saurais vraiment plus comment agir… Crois-tu qu'elle ne tenterait pas d'exploiter chacun de nos os pour le profit de son culte ou de sa propre vision du monde ?

Il planta son regard dans celui de son aimée avec une force qu'il aurait souhaité modérer.

Je pense qu'il nous faut l'éviter.
Plus encore maintenant que jamais.


Les yeux d'Enseldrir rompirent le contact et son visage fit face aux cieux. Ses yeux roulèrent un instant comme s'il cherchait quelque chose, ils se fermèrent à moitié. Il inspira l'air comme s'il goutait pour la première fois depuis longtemps.

Il y a quelque chose de changé…

Négligeant la belle, il fit quelques pas encore incertains. A nouveau il huma l'air plus intensément et pointa son regard dans toutes les directions. Son port même se modifia sensiblement.

… Vala ! Ils ne sont plus là !

-------------------

Au Sud.

Une lueur verte intense puis plus rien.

Le feu crachotait une nuée de tisons. A demi-étouffées, les flammes luttaient contre l'étouffement. La lueur rouge qui s'en échappait perçait difficilement le voile de fumée compacte qui envahissait la tente.

Luinil reprenait connaissance dans la douleur d'un étau qui enserrait ses tempes.
Sous son dos, le sol lui sembla d'une dureté semblable à la pierre.
Le monstre noir qui dansait au dessus d'elle lui semblait instinctivement horrible mais esthétiquement, ses mouvements la captivaient.
Elle mit un temps certain à en comprendre la nature qu'une rotation douloureuse de sa tête lui confirma : Le chaos régnait autour d'elle et, du pendule savamment disposé au dessus du feu, il ne restait plus que quelques guenilles qui se consumaient lentement devant deux autres corps couchés.

Rassemblant quelques forces, elle hurla :
Gardes ! Gaaardes !!

Puis, glissa à nouveau dans l'inconscience.

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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Sam 24 Jan - 0:09

La demi-nis savait le macar toute ouïe.
Mais elle pouvait aussi parfaitement ressentir qu’elle représentait pour lui, tout comme il l’était pour elle, une distraction.
Dans l’air flottait cet agréable malaise pour lequel ils ne pouvaient s’offrir immédiatement le soulagement physique nécessaire. Délivrance subtilement réclamée par l’attraction contenue de leurs corps, alors que leurs sens en subissaient la détention.
À leur propre manière, ils tournaient l’un autour de l’autre.
Tandis que dominant et dominé se manifestaient aussitôt, qui la proie, qui le prédateur de ce jeu aussi vital qu’ancestral ? Rien n’aurait pu être plus incertain.

Le nêr s'empressa de confirmer la totale extranéité de Gwerfaël par rapport aux enquêtes en cours en vue du procès qui l’attendait.
L’archère se sentit soulevée. Mais une partie de ses muscles se raidit à nouveau lorsqu’Enseldrir tissa de l’inflexion de sa voix, une traine quelque peu dérangeante sur le vocable dont il se servait généralement pour l’amadouer de sa tendresse.

Melda.
Expression d’affectuosité particulièrement récurrente depuis leurs retrouvailles…
Cinq petites lettres capables de la faire fondre vers lui, pour lui ou en lui selon la situation, et dont il aurait pu abuser en toute impunité jusqu’à l’éternité.
Pouvait-elle constituer chez un elfe la marque distinctive d’une privation émotive forcée ?

Si entre les lèvres du macar, les paroles pouvaient se faire aussi douces que miel, elles pouvaient également se faire aussi tranchantes que l’acier trempé d’une lame elfique.
En ce moment même, elle redoutait les unes comme les autres.
Et ce, malgré son regard qui avait pourtant gardé tout le poids et la chaleur des caresses à venir dont il se privait volontairement...
Pour l’instant.
Sa seule franchise en faisait une promesse.
Le geste interrompu, un indice de sa retenue.

La demi-nis écouta Enseldrir avec attention, du moins avec toute celle qui lui fut permis de sauvegarder.
Elle acquiesça de la tête pour confirmer les éclaircissements reçus de Terendul, bien qu’ils furent aussi marginaux que son extroversion.
Puis elle se surprit de découvrir à quel point le nêr se méfiait de la Grande Erudite.
Ceci dit, la logique de son rejet ne faisait aucun pli.
Captive de son regard, elle dut en convenir.

Il y avait pourtant une chose qu’il semblait ne pas vouloir prendre en considération à sa juste valeur.

D’accord ! Mais…

Mais, mais, mais… L’elfe ne l’écoutait déjà plus, sa concentration sollicitée ailleurs de façon imprécise.
La belle tenta d’en suivre la direction changeante sans trop de succès.

Sa posture n’était pas sur la défensive. Ils n’étaient donc pas en danger.

Entretemps, Anar terminait désormais sa course au-dessus de l’horizon.
Ce dernier en dévora les ultimes faibles rayonnements, permettant ainsi de nouveaux à la féérie nocturne de la Taurë d’éclore progressivement sous les yeux toujours aussi émerveillés de l’archère.
Alors que la luminescence de toute espèce biologique s’accentuait, la forêt se fit vibrante et plus vivante qu’aucune autre sur terres foulées.
Sous cette clarté, le profil du nêr se définit d’une beauté de plus en plus onirique, quasi irréelle.
Tant et si bien que lorsqu’il pivota de nouveau en sa direction, il se retrouva confronté aux émeraudes fixes et scrutatrices de l’archère, alors que celle-ci, inconsciente de sa propre vénusté, semblait l’examiner sans modestie.

mais…

Mais, mais, mais… Mais quoi...? Elle en avait perdu le fil.
La mémoire de la belle fit un bond dans le temps, pour remonter à ce jour où elle le vit surgir des fourrés, ombre menaçante entourée de lumière à laquelle elle pouvait aujourd’hui donner un visage.
Et quel visage !

Elle ne sut ni quand, ni pourquoi ses pas la menèrent pratiquement sous le nez de l’elfe.

Le nêr quant à lui, de plus en plus intrigué par le soudain changement de comportement de sa compagne, l’observait tout en l’interrogeant muettement de son regard.
La belle allongea la main pour lui effleurer à nouveau la joue saillante dont elle suivit lentement le contour jusqu’à la hauteur de la tempe, avant de redescendre vers le menton.
La demi-nis inclina légèrement la tête de côté, l’expression ébahie devant la magnificence ineffable qui émanait de lui. Elle ne l’avait jamais soupçonnée et elle eut la vive impression de redécouvrir Enseldrir pour la toute première fois.
Et cela lui coupait littéralement le souffle!

Si, tel qu’il est dit quant au dieu des atani, les Vala ont eux aussi créé les elfes à leurs propres images, alors ils ne peuvent être que d’une remarquable beauté.

La demi-nis leva enfin son regard à l’encontre du sien.

On ne m’a jamais laissé la possibilité de sortir du temple le soir après le coucher d’Anar. Comment aurai-je pu imaginer…

Ce fut à ce moment qu'elle ressentit le prépondérant désir de voir son expression s'épanouir en un sourire dont elle n'en oublierait plus jamais l'éclat.


Dernière édition par Eámanë Enialis le Sam 7 Fév - 1:50, édité 1 fois
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Enseldrir Malaevoldû
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Sam 7 Fév - 0:25

Les présences qui dardaient son esprit à la recherche de la moindre faille à exploiter avaient soudainement relâché leur étau. La paix, qui revint en lui aussi soudainement, l'étonna autant qu'elle le soulagea.

La voix de son aimée le tira de sa fascination. Un mot qui faisait office d'éclaireur devant d'autres qui ne tardaient généralement pas… sauf en ce moment. Les gestes prenaient le dessus. L'expression d'une tendresse aimante qui le cueillit au plus profond de son cœur.
La douceur de sa main, sa chaleur apaisante et addictive lui fit accompagner le mouvement d'une légère inclinaison de la tête, imitant sans le vouloir la chorégraphie de la belle.

Ses paroles formaient une poésie sans rimes que la richesse du langage premier éclairait de la finesse de multiples interprétations.
Une seule rencontra la flatterie de son intonation, et l'harmonie de ses lèvres.
Un sourcil s'éleva au dessus d'un œil qu'un éclat de lumière regagnait.

Les Gaïanielithes sont décidément de sacrés farceurs ; arriver à contraindre une invitée à l'ombre de leurs temples ou flatter leur interlocuteur de qualités imméritées.

Enseldrir saisit sa main doucement tel il aurait fait d'un oiseau blessé.
Il l'approcha de sa bouche, se gorgeant de son parfum au passage et en effleura à peine ses lèvres comme s'il s'agissait d'une friandise interdite.

Il n'est de plus grande beauté que celle de la volonté de vivre qu'une lueur d'Isil a su faire briller en tes yeux tel un joyau digne d'une reine, ou que le feu d'Anar a entouré de sa lumière comme l'espoir gagne un cœur à la vue de l'image d'une déesse.


De leur première rencontre à la vision d'un matin ensoleillé, l'ex macar venait de réveiller leurs mémoires d'inoubliables instants.

Et que dire du velours indescriptible d'un souffle salvateur dans les volutes gelées des hauteurs vertigineuses et verglacées de Brumeciel ?    
Il est des souvenirs qui n'ont pas été altérés par la magie ou les drogues.


Il se figea soudainement, son regard soudain fuyant et son teint virant au cireux. D'une volte il fit quelques pas.
Les images d'une lame tranchant des chairs et d'un fluide vital s'échappant de ses doigts venaient de s'interposer.
Il respira profondément, se massant les tempes d'une main tandis que de l'autre il tentait un geste rassurant tout en assurant d'une voix plus posée qu'il ne pensait pouvoir l'émettre :

Ce n'est rien, ça va… un vertige qui est déjà passé. Un contre coup certainement.

Néanmoins, la fin de sa phrase laissait planer un doute à son corps défendant.
Le regard de l'ex-neuna ne chercha pas le contact mais il se tourna à demi vers Eámanë

Cette nuit, tu prendras le hamac et je dormirais plus bas.


Il se détourna complètement en faisant mine se scruter les ombres changeantes dans la pénombre insondable des profondeurs de la forêt.
Ainsi, il distilla son mensonge aussi discrètement qu'il le pût :

Nous sommes sur le territoire des maraudeurs sylvestres. Ils progressent depuis les branches basses et fouillent tout en grimpant. Je les sentirais arriver et nous pourrons nous éloigner du danger.


En réalité, le seul péril qu'il voyait dans cette nuit était ses propres actions qu'il risquait de perpétrer sans aucun contrôle. Au moins, s'il gardait un soupçon de conscience l'espace d'un instant, il pourrait se jeter dans le vide…

Saisissant les doigts de la belle au passage, il gagna les aspérités du tronc qui leur permettrait de regagner les lieux du bivouac. Après un court mais intense contact visuel avec la nis, il commença à descendre lestement le long du vénérable végétal.
Par leurs déchirures accidentelles, les reliquats de la tenue de l'ex-Kheyldarienne dévoilaient le galbe de ses jambes au regard magnétisé de l'ex-macar. La paume des mains de celui-ci brûlait littéralement de parcourir ces courbes et son être entier vibrait soudain de cette énergie débordante qui parvenait même à écraser la lassitude qui emplissait son existence depuis tellement de temps.
Arrivé au sein de son campement, il s'efforça de donner au timbre de sa voix autant de certitude et d'aplomb qu'il lui était possible de le faire.

Allons, que la nuit nous soit aussi profitable que Shadalielle l'a prévu.


De deux glissements de pas, il s'éloigna d'Eámanë tout en désignant son hamac.

Je te prie de profiter de ce modeste espace, le vent viendra probablement du nord-est tout au long de la nuit et les premiers rayons d'Anar trouveront leur chemin bien tôt.

Il désigna à nouveau son ancien lieu de vie en insistant :

Je t'en prie.

Alors que son aimée découvrait les lieux, il entama son chemin vers ses propres lieux de repos, un peu plus précipitamment qu'il l'aurait souhaité et sans peser ses dernières paroles :

Reposes-toi bien, l'aube nous trouvera où les vala l'auront décidé.


L'esprit encore plein de ces derniers moments, Enseldrir regroupa les quelques parcelles de mousse qu'il put ajouter à une structure de petites branches mortes. Durant les premiers instants qui suivirent son alitement, il lutta intensément contre sa couche, puis les petits désagréments des aspérités diverses se firent plus ténus à mesure que la fatigue le gagnait. Encore très au dessus du sol, et contrairement à sa promesse, il ne concentrait aucunement son attention aux branches plus basses mais à celles qui le surplombaient.. avant de sombrer dans le sommeil. Un sommeil comme il n'en avait pas connu depuis longtemps.


Dernière édition par Enseldrir Malaevoldû le Mar 24 Fév - 1:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Lun 9 Fév - 1:03

De flatteries ou de compliments, le nêr enroba l’âme de Valkhyria du baume de ses paroles, que son soudain malaise fit virer en profonde préoccupation.
La magie fut rompue. Le coup de grâce ne tarda pas ensuite venir.

Des maraudeurs… Soit.
Sans le soutien de ses macari, toute la responsabilité de leur survie en Taurë retombait presque entièrement sur les épaules d’Enseldrir.
Cela l’archère pouvait fort bien l’accepter et le comprendre. Surtout en son manifeste état d’incertitude et d’accoutumance dans lequel elle se trouvait depuis le jour de son éveil au temple Gaïanielithe.

Une fois de retour à son bivouac, l’insistance d’Enseldrir ne laissa pas vraiment de choix à Valkhyria.
À contrecœur, elle dut céder ravalant sa déception dont il avait lui-même alimenté l’ampleur de son flirtage.

Sous prétextes de sécurité, lui fit-il entendre.
Ce fut pourtant avec la prompte agilité d’un pillard en fuite qu’il se défila, et non pas le calme contrôlé d’un protecteur.
Il s’en fut sans même un baiser ou le cercle rassurant de ses bras pour accompagner ses souhaits de bon repos.

Les signaux furent pourtant clairs !
Aucune nis, demi-nis ou humaine qui soit, n’aurait pu équivoquer la concupiscence qui brillait au fond du regard du nêr à chaque fois que celui-ci se posait sur elle. Malgré cela, il opta une fois de plus pour la capitulation, reprenant ses distances.
Son comportement fut aussi cuisant qu’un coup bas.

En quelque sorte blessée par cette attitude qui ne faisait qu’augmenter son sentiment d’inadéquation, c’est à peine si, le dos tourné à lui et ne présentant qu’une partie du profil de son visage, elle répondit à ses salutations.

Ce n’était certes ainsi qu’elle avait imaginé passer cette première soirée ensemble, maintes et maintes fois, alors que radieuse ce matin-là, elle se fit belle uniquement pour lui, dans l’espoir de le rejoindre.
De sa coiffe, il ne restait qu’un magnifique souvenir.
Instinctivement, son regard se baissa pour constater avec consternation l’état désormais pitoyable de sa robe.
Non, ce n’était vraiment pas ainsi que les choses auraient dû se passer…

Elle grimpa enfin prendre sa place dans le hamac si "gracieusement" accordé. Mais le morse froid de la solitude lui ôta le sommeil.

Après s’être retournée plusieurs fois pour changer de position dans l’espoir de trouver celle qui plus la relaxerait, mais n'y parvint pas: trop injuste et enrageant que de devoir confier en la lune pour y retrouver le visage tant chéri, alors qu’Enseldrir se trouvait à quelques branches inférieures à la sienne !
Elle finit par se résigner et se redresser en faisant passer les deux jambes par-dessus le bord de la couche qui se mit à tanguer, la berçant doucement d’un rythme hypnotique qui ne sut la convaincre.

Elle profita de sa vision nocturne pour se familiariser un peu avec les lieux, n’ayant eu le temps que de le faire brièvement auparavant.
Le désordre y régnait souverain et de nouvelles découvertes eurent le don de la faire friser du nez de dépit.
Autant s’activer pour dépenser quelques énergies de trop. Le refuge en avait grandement besoin de toute manière.

Elle se laissa glisser du hamac pour se mettre sur pied et commença par rassembler et plier le linge qu’elle recueillit ci et là. Elle les sépara en deux piles basses, les encore-plus-ou-moins-propres et ceux qui nécessitaient visiblement de passer au lavage.
Elle fit ensuite disparaitre toute trace de ses précédents repas susceptibles d’attirer la présence d’insectes importuns
Et enfin elle apporta quelques petites retouches typiquement féminines au campement.
Sa manière de dire : je suis de retour, tu ne pourras l’ignorer longtemps !

Les premiers signes irrésistibles de fatigue se firent enfin ressentir, plus impérieux que tout le reste.
La belle donna un dernier coup d’œil à peu près satisfait autour d’elle, puis reprit sa place dans le hamac pour s’y endormir aussi sec jusqu’aux premières lueurs du lendemain.

D’abord désorientée de se retrouver seule, alors qu’elle était certaine d’avoir passé la fin de la journée précédente avec Enseldrir, elle se demanda en un premier temps si elle ne l’avait pas tout bonnement rêvé tant elle l’avait espéré. Puis tout resurgit avec une telle rapidité qu’elle en éprouva une bizarre sensation de vertige.

Ne voulant pas s’attarder sur ce malaise ultérieurement, elle se leva, s’empara des affaires du macar et de sa besace, et entreprit de redescendre vers la terre ferme.
Comme il le lui avait dit, elle trouva le nêr quelques branches plus bas, lui-même déjà éveillé et lui lança au passage.

Aya Harmanya !
J’ai faim, j’ai soif, et tout comme tes vêtements, j’ai besoin d’un bon bain.


Puis s’arrêtant quelques branches plus bas, elle se retourna levant le regard sur lui, un sourire sournois aux lèvres.

Toi aussi d’ailleurs !

Puis sans demander son reste, elle reprit sa descente aussi rapidement que ses jambes, encore mal fermes en terrains sylvestre, le lui permirent.
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Ven 20 Fév - 0:23

Un son. Comme un bruissement contre un tronc.
L'ex-Macar ouvrit difficilement un œil endormit.
Une forme indéfinie serpentait contre un décor connu ; l'exception magnifiée par contraste.
Les déplacements de l'onde évoquaient de bien doux souvenir à l'ex-neuna.
Son cœur s'emporta, transporté par la grâce des ombres ; regain éblouissant de vie dans un corps engourdi par le repos salvateur.
Une pupille se rétracta soudainement, et son corps entier se détendit comme un ressort lorsqu'Enseldrir réalisa la nature du spectacle qui accueillait son réveil et l'identité de son actrice principale.
Assis ainsi sur le bord de sa couche, il pouvait très bien passer pour quelqu'un de particulièrement attentif et serein. La nis passa dans un nuage de charme souligné par le son de sa voix.
Le sourire béat du nêr ne démentait en rien le dodelinement mécanique qui accompagna les paroles de son aimée.
Sa chevelure somptueusement éparse encadrait à merveille son visage qu'une lueur quasi perverse éclairait de ses ombres inquiétantes.
Ses affaires… l'eau… se pouvait-t-il qu'elle… ?

Le nêr se releva précipitamment. Sa tête heurta une branche basse particulièrement têtue et la douleur le fit se plier en deux tandis qu'il avançait en grimaçant. Sa main frottait ses cheveux sans parvenir à réellement atténuer sa peine. Il allait héler son aimée quand il s'aperçut qu'elle était déjà trop loin pour ça. L'ironie de la situation parvint à lui tirer un demi-sourire qu'il effaça bien vite.
Grimper… en espérant faire le bon choix.
En deux bonds, l'ex neuna retrouva son campement. Manifestement, une tornade l'avait traversé. Durant de précieux instants il pesta contre tout et rien, le destin- auquel il ne croyait pas - , sa propre négligence - sans réellement parvenir à un quelconque sentiment de culpabilité -,  le zèle des nissi - et leur obsession dans l'établissement d'un pseudo-ordre !- .
En quelques secondes, il cassa, déchira et fit tomber plus d'étoffes et d'équipements qu'en toute une vie de macar. Enseldrir finit par mettre une main avide sur un pot de terre vernie, et repassa en un clin d'œil le reste du campement ravagé en revue à la recherche d'un autre élément essentiel. De dépit, il vociféra en grinçant :

Les heures du matin ! Les plus actives pour les maraudeurs !

Attrapant au passage deux protections d'avant-bras, il les enfila et les attacha sommairement.

Eldhunielle, Gaïaniel, à votre garde !

Puis il s'élança dans le vide, tête en avant.

Plus bas, déjà beaucoup plus bas, Eámanë se dirigeait vers le bruit d'une source.
La lumière de ce début de journée ne parvenait que très peu à éclairer les lieux.
Les bras encombrés, elle était néanmoins parvenue assez facilement au niveau du sol et profitait des reflets irréels que projetait la végétation environnante.

Ici, des feuilles recouvertes d'un velours duveteux laissaient resplendir l'iridescence d'une gaine de brume. Là, la fragilité d'une toile finement ouvragée se parait de perles de rosées. Et partout, la nature resplendissait de couleurs inconnues et subtiles. Le chant des oiseaux, le souffle du vent, les senteurs des sous-bois, le parfum des fleurs tout se mêlait en une harmonie enivrante et joyeuse.

Tout sauf la forme sombre qui se glissait le long d'un rocher, l'épousant pour ne faire qu'un avec lui et se jouer des perceptions de tous … y compris de celles d'une nis rêveuse.
Les yeux de la créature se concentrèrent sur sa cible, ses muscles de ses cuisses tressaillirent sous l'accroissement de son taux d'adrénaline.
Elle allait bondir mais un bruissement chaotique venant d'en haut la dissuada. Une masse tournoyante entourée de feuilles se livrait à une chorégraphie invraisemblable parmi les branches. Ponctuées de coups et de rebonds, la trajectoire semblait suivre une logique propre à une vitesse fulgurante. Sur la fin de son parcours, le rythme perdit de sa régularité, il y eut trois chocs bref et sonores ponctuées d'onomatopées bien senties, un rameau céda dans un craquement bref et un corps chuta lourdement de plusieurs mètres dans une pluie de débris qui eurent - eux - la décence de tomber avec plus de grâce.

Enseldrir venait de rater son entrée en scène.

Il en fallait plus pour dissuader le prédateur, la bête vibrait littéralement d'énergie et sa bave tombait en petits paquets tirés de fils. Ses membres courts et massifs laissaient voir des articulations saillantes et noueuses sous sa fourrure luisante qui se préparait à l'action.
Lorsqu'elle bondit, la pierre bruissa sous l'action de ses griffes, sa proie décela la présence d'une ombre mais n'esquissa pas le moindre geste. D'ailleurs il était bien trop tard : ses longues dents effilées la coupèrent presque en deux tandis que, dans une chorégraphie parfaite de son corps musclé, la musaraigne retombait sur les pattes. Les ailes du papillon frémirent d'un court soubresaut post-mortem.
Le temps d'assurer sa prise, le carnassier disparut dans les herbes ne laissant que quelques écailles éparses sur le lieu de son forfait.

Plus loin, un ex-neuna couché sur le coté se rendait coupable de ce qui pouvait ressembler à une grasse matinée.


Dernière édition par Enseldrir Malaevoldû le Mar 24 Fév - 1:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Dim 22 Fév - 1:13

Indéniablement ignare du danger auquel elle avait, une fois de plus, exposé depuis la veille son compagnon ainsi que sa propre personne par manque d’indulgence, Valkhyria poursuivit sa descente.
Elle tint l’oreille tendue et l’œil alerte à la moindre manifestation sonore ou visuelle pouvant indiquer que le nêr se mit à ses talons, tel qu’elle l’espérait.
Elle était désormais à quelques sauts du terrain riche et moelleux de la Taurë, mais tout ce qu’elle entendait était son chant harmonieux d’éveil, alors qu’il aurait déjà dû la devancer.

Un pan de sa robe s’accrocha à un rameau, la faisant pester silencieusement.
Elle s’attarda un bref instant sur un dernier branchage, le temps de caler les vêtements du macar à proximité et de s’emparer de sa dague pour mettre fin au supplice que sa mise représentait en de telles conditions.
De la cheville, la jupe se retrouva soudainement écourtée à mi-cuisse en quelques passages irréguliers de lame effilée.

La peine au cœur pour le sacrifice qui s’était avéré nécessaire si elle souhaitait pouvoir se déplacer dorénavant avec plus d’aisance, elle leva le regard pour avoir confirmation de ce que son ouïe lui suggérait, avant de récupérer le linge à laver et de se laisser glisser souplement à terre.
Elle hocha la tête, manifestement dépitée.
Enseldrir n’avait pas relevé le défi pourtant ouvertement lancé de manière plus que provocatrice !
Peut-être lui fallait-il simplement élever le degré de stimulation…

Loin de se laisser démoraliser, l’archère suivit instinctivement son odorat, chatouillé par une subtile odeur de terre humide, mélangée à des senteurs qu’elle associa inconsciemment à la présence d’eau. Elle laissa celle-ci guider ses pas à la recherche du point d’accès à la source le plus proche, alors que dans son esprit elle tramait déjà ses prochaines incitations.
Leur seule visualisation lui redonnait la bonne humeur.
Dans le fond, ce n’était qu’une question de temps et non pas d’aboutissement.
Elle en sourit d’anticipation.

Derrière elle, un craquement suivi d’autres.
Puis de puissants et soudains remouds de feuilles et branchages la firent pivoter, mettant fin à ses machinations.
La belle se sentit blêmir devant le spectacle improbable, quasi irréel, qui se déroula sous ses yeux.
Tout ce passa extrêmement vite, juste le temps d’assister à l’abrupt atterrissage du macar et de prendre conscience de la situation.

Elle bondit en une course effrénée, les muscles de ses jambes ne lui appartenant pratiquement plus et négligeant complètement les vêtements du nêr qui finir par s’éparpiller le long du court trajet à parcourir.
Fut-il victime d’une nouvelle agression magique ?
Ou subit-il un autre de ses étranges malaises dont il semblait souffrir, en essayant de la rejoindre ?

Au rythme de ses longues enjambées, le murmure croissant de sa voix se transforma rapidement en un cri perçant.

Enseldrir… Harmanyaaaa !

Ce fut en glissant sur ses genoux qu’elle arriva à ses côtés, au bord des larmes et n’osant trop le toucher de peur d’aggraver son état en cas de fracture.

Je suis désolée, tellement désolée !

Elle chercha le pouls de la veine artérielle de son cou, se penchant sur lui pour approcher son visage à ses lèvres à peine entrouvertes, guettant la cadence de son souffle. Elle le sentit chaud, bien qu’irrégulier contre sa joue, tandis que son sang pulsait vigoureusement sous ses doigts.

Le seul soulagement de le savoir encore en vie suffit à lui redonner le sang-froid dont elle avait besoin

En se redressant, elle s’aperçut qu’il avait ouvert les yeux, le regard sur elle sans vraiment la voir.
Il tenta de bouger, mais l’effort demandé ne le lui permit point.
Elle fit délicatement pression sur son torse pour le repousser vers l'arrière.

Reste quelques instants allongé harma, le temps de reprendre haleine.

Puis s'affaira le nez dans sa besace.


Dernière édition par Eámanë Enialis le Mar 24 Fév - 16:00, édité 13 fois
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   Lun 23 Fév - 0:04

LOIN PLUS AU SUD
Luinil ne reprit ses esprits qu'après un temps indéterminé. Des secondes ? Des minutes, des heures ? Probablement longtemps finit-elle par juger en découvrant l'état de ses muqueuses buccales.

Combattant une immense paresse, elle finit par lever une main pour s'en couvrir le visage et tenter de chasser la douleur cuisante qui lui enserrait le crâne.
Beör ! Il devait certainement être dans un état bien pire que le sien !

Elle risqua d'ouvrir un œil. La souffrance darda son aiguillon immédiatement. Mais la jeune nis n'était pas de celles qui renoncent facilement. Se dressant difficilement sur ses coudes, elle se redressa lentement et finit par découvrir que sa couche était au centre d'une pièce de soin, l'air était chargé des senteurs entremêlées des onguents et des essences qui le rendaient écœurant.
Même à moitié dans le coaltar, il suffit à la Shadhiadielithe de voir le nêr qui regardait à travers une ouverture de dos un bref instant  pour l'identifier sur le champ.
Elle coassa :

Il a reçu de l'aide !


A sa grande déception, il ne marqua aucun signe de surprise à la suite de son affirmation. Un flot de fureur se déversa dans ses veines :

Je croyais qu'il ne devait en aucun cas en être question ! N'avez-vous pas été formel à ce sujet à plusieurs reprises avec moi et mon équipe ?

La silhouette qui lui faisait face se découpait nettement sur le fond de lumière de lune. Lorsqu'elle s'exprima, le timbre de sa voix était aussi mesuré que précis. La phrase elle-même semblait issue de quelque ouvrage ancien tant elle était équilibrée et rythmée.

Êtes-vous certaine qu'il ne s'agit pas d'un simple raté du rituel ?


La fière nis dut s'y reprendre à deux fois pour se jucher sur ses coudes et éclaircir sa voix.

Uma… j'y ai cru lorsque nous avons échoué la première fois. Mais ce n'était pas de notre fait. L'équipe était bien rôdée.

Elle se tourna sur le coté, la nausée la submergea un instant puis elle dit :

Il faudrait que vous envoyiez quelqu'un sur place pour résoudre le problème sinon, nous ne serons pas prêts pour le procès.

Son interlocuteur fit un rictus que l'air aspiré entre ses dents rendit sonore. Sa langue claqua finalement :

C'est délicat.


La colère fusa dans les veines de la jeune nis.

Je le sais bien. Cela fait des semaines que nous sommes dans le délicat !


Devant l'air à peine offusqué de son vis-à-vis, la nis soupira et reprit sur un ton plus modéré et cependant hors d'haleine malgré ses efforts :

Je vous dis que la situation est gravement compromise.
Il n'y a pas lieu de chercher des échappatoires.
Rien de moins qu'une équipe sur place pour traiter le problème…

Elle retomba sur sa couche, ses deux mains recouvrèrent ses yeux.

Il suffira de prétendre l'attaque d'un prédateur plus futé ou agressif que les autres, et l'affaire est faite.
Il y aurait même un cadavre à remettre à ces dégénérés du nord pour qu'ils puissent en faire brûler la chair lors de l'une de leur cérémonie absurde ! Un ou plus… que vous importe.


De l'index et du majeur, le nêr réajusta un rideau de pourpre. Les joyaux de ses bagues projetaient des iridescentes multicolores sur les murs de la pièce.

Vous vous égarez, Luinil. Ou votre Déesse se joue de mes perceptions.

Une voix faible répondit d'un souffle :

Peut être… peut être… mais nous ne vous seront plus utiles. Plus maintenant et pas dans ces conditions.

Du coin de l'œil, la nis vit la fière silhouette se cambrer sous la tension. La colère l'envahissait, elle avait réussi à rendre cette entrevue plus libératrice qu'espéré.

Votre échec n'est pas tolérable !

Une main fendit l'air de son tranchant aussi coupant et robuste qu'une lame trempée que l'éclat d'une pupille rendait presque palpable ; aussi déterminé et puissant que les institutions qu'elle pouvait mettre en mouvement d'un signe ; aussi révélatrice par son tremblement qui illustrait l'impatience et la frustration.
Les os de ses articulations craquèrent lorsqu'elle se referma de dépit alors que la nis lui tourna le dos en prétextant le retour d'une nausée soudaine.

Eldalië ne saurait consentir à la moindre faiblesse vis-à-vis de nos alliés du nord. Pas maintenant ! Vous le savez ! Alors faites ce qu'il faut. Si vous ne pouvez, que votre culte le fasse. Telle est ma volonté. Telle est la volonté du Souverain…
Un prédateur, ce serait plausible et bienvenu. Mais que votre sujet n'en soit pas la cible : Juste son ou ses aides.

Un sourire déplacé apparût brièvement sur le visage du nêr avant qu'il ne l'effaça tout à fait. Cette vision subreptice échappa à Luinil qui ne sût quelle avait été sa chance : elle aurait été de taille à faire frissonner la nis d'un élan issu d'une terreur sans nom.

D'ailleurs, vous pourrez ensuite les utiliser…


Le visiteur avait franchi le rideau de sa chambre avant que la shadiadelithe ne parvienne à se tourner pour le regarder. Elle échappa donc à la sentence qui aurait frappé quiconque manquait de respect ne serait-ce que d'un geste à un dirigeant de premier plan.
Ses paroles - même chuchotées-  auraient largement aggravé sa peine. Mais par chance ou par calcul, rien ne fût relevé.

Sans plus tarder, le voile de la porte s'ouvra à nouveau laissant apparaître un nêr suivi d'une nis au port hautain.
La livrée stricte de l'un contrastait avec la flamboyance d'argent de la robe de l'autre. Le silence d'une attitude concentrée s'opposant à une joviale ouverture assez sonore :

Luinil ! Ma seler bien aimée ! Que te voilà diminuée, toi qui toujours se dresse par ta volonté !

Le regard noir de la convalescente trouva un écho de résonnance dans celui de son interlocutrice. Un autre répertoire allait se jouer. Les évènements allaient prendre une tournure plus sombre…
Des propos tendus s'échangèrent dans la langue de la nuit. Des phrases d'une telle gravité que les flammes des lampes ondulèrent plus qu'à leur habitude et que les ombres se densifièrent. Les gardes présents autour du lieu perçurent ce changement et échangèrent des regards inquiets.
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MessageSujet: Re: Enseldrir & Eámanë - Chapitre 7: Le fardeau d'une caresse divine   

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